La situation continue de se dégrader en Haïti, et certains acteurs de la société civile ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Dans un document rendu public, le Groupe d’Initiative pour une solution durable à la crise politique (GI X) appelle à l’organisation d’un mouvement de désobéissance civile à l’échelle nationale. Une proposition qui intervient dans un contexte marqué par une insécurité persistante et une perte de confiance croissante envers les autorités.
En effet, ces derniers jours, plusieurs localités du pays, dont Jean-Rabel, Mirebalais ou encore Marchand-Dessalines, ont été le théâtre de violences meurtrières. À Port-au-Prince, la situation reste particulièrement préoccupante. Des quartiers entiers échappent au contrôle de l’État, laissant la population exposée à des groupes armés qui imposent leurs règles. Pour de nombreux citoyens, la circulation elle-même est devenue un défi quotidien, tant les routes sont sous influence.
Selon le GI X, cette réalité traduit une expansion inquiétante des territoires contrôlés par les gangs. L’organisation évoque également les prélèvements illégaux imposés aux usagers des axes routiers, qui pèsent lourdement sur une économie déjà fragile. À cela s’ajoute la question du coût de la vie, alors que le salaire minimum reste inchangé malgré la hausse des prix des produits essentiels.
Dans ce climat tendu, le groupe critique aussi la gestion politique actuelle, pointant du doigt des blocages institutionnels qui compromettent, selon lui, la tenue d’élections dans des délais raisonnables. Il dénonce en outre des décisions jugées controversées ayant, toujours selon ses termes, porté atteinte à la souveraineté nationale et au patrimoine historique.
Face à cette accumulation de frustrations, le GI X estime que la désobéissance civile pourrait constituer une voie de mobilisation. Il souligne que plusieurs initiatives observées récemment, comme des blocages de routes ou des mouvements de protestation, montrent que la dynamique est déjà en marche, parfois de manière spontanée. Aux Gonaïves ou à Pont-Sondé, des citoyens ont déjà pris des initiatives pour exprimer leur ras-le-bol. Le risque, selon certains observateurs, est que ces actions se multiplient sans coordination ni encadrement.
En ce sens le GI X propose une forme d’organisation du mouvement. Le groupe évoque la nécessité d’une mobilisation à la fois structurée et disciplinée, capable de canaliser les revendications populaires sans basculer dans la violence. Parmi les pistes avancées figurent des actions symboliques, des campagnes de sensibilisation ou encore des initiatives économiques axées sur la consommation locale.
Cependant, toutes les propositions ne font pas consensus. Certaines mesures, comme les appels au boycott ou à la paralysie de certaines activités, pourraient avoir des conséquences économiques et sociales importantes. Dans un pays déjà fragilisé, l’équilibre entre contestation légitime et stabilité reste difficile à trouver.
En attendant, une chose est claire, le malaise est profond et largement partagé. Entre insécurité, précarité et incertitudes politiques, une partie de la population cherche des moyens d’expression. Reste à savoir si la désobéissance civile, telle que proposée, pourra se structurer et produire les effets escomptés, sans aggraver davantage une situation déjà critique.
