Des représentants de divers secteurs du pays continuent de réclamer justice pour le président Jovenel Moïse, assassiné le 7 juillet 2021. Cinq ans après, de nombreuses questions se posent sur l’identité des véritables auteurs du crime, alors que le système judiciaire haïtien reste paralysé. Une situation qui suscite de vives interrogations sur les autorités en place, accusées de ne pas faire preuve d’un engagement réel pour faire avancer le procès.
Joiséus Nader, ancien ministre des Travaux publics ayant fait partie du gouvernement de Jovenel Moïse en 2020, évoque régulièrement un crime transnational impliquant des acteurs nationaux et internationaux, ce qui aurait conduit à l’assassinat de l’ancien président.
Évoquant les ennemis de l’ancien chef de l’État ainsi que des personnes qui lui étaient proches susceptibles d’avoir participé au complot visant à l’éliminer. D'après lui, cette conspiration aurait été orchestrée par plusieurs personnalités issues de la classe politique haïtienne, souvent accusées d’utiliser les fonds publics à des fins personnelles.
« Plusieurs secteurs impliqués dans l’importation de carburant, de mazout et d’autres activités encore étaient dans le viseur. Le président Jovenel avait repris le contrôle de ces circuits afin de répondre aux exigences de sa campagne et servir la population. À la fin, ces acteurs se sont montrés mécontents, ce qui a conduit à la mobilisation de plus de 30 millions de dollars américains pour assassiner le président Jovenel Moïse », a déclaré Joiséus Nader dans l’émission Le Point sur Télé Métropole, le lundi 6 juillet 2026. Selon lui, cet argent aurait été distribué entre certains proches et des opposants politiques. « C’est ce qui explique qu’ils aient pu entrer chez lui facilement, sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré », a-t-il ajouté.
En ce qui concerne l’avancement du dossier en Haïti, il s’agit d’un véritable imbroglio judiciaire. Cinq ans après, plusieurs juges se sont dessaisis du dossier, invoquant des menaces de mort, un manque de ressources et des problèmes liés à leur sécurité personnelle. Désormais, le dernier juge en charge du dossier est le magistrat Jean Denis Cyprien, qui mène actuellement une série d’auditions. Dans ce cadre, il a déjà entendu à plusieurs reprises Jean Félix Badio, considéré comme l’un des auteurs du crime et un acteur clé du complot. Le magistrat Cyprien a également entendu Rockefeller Vincent, ancien ministre de la Justice, dans le cadre d’un supplément d’information ordonné par la Cour d’appel. Toutefois, des sources indiquent qu’un mandat d’amener a été délivré contre lui pour complot criminel, assassinat et tentative d’assassinat.
Parallèlement, le magistrat a ordonné l’arrestation de l’ancienne juge de la Cour de cassation, Wendelle Coq Thélot, pour sa complicité présumée dans l’assassinat de l’ancien président. Dans la même logique, un avis de recherche a été lancé contre elle par la DCPJ, malgré des rumeurs faisant état de son décès. Plusieurs observateurs estiment que ces informations sur sa mort viseraient à manipuler l’appareil judiciaire et entraver les poursuites engagées contre elle.
Dans ce contexte, la justice haïtienne a déjà émis plus d’une quarantaine de mandats visant des acteurs politiques, des hommes d’affaires, d’anciens ministres, des membres du secteur privé et d’anciens responsables gouvernementaux. Dans la nouvelle phase de l’enquête, sept mandats d’amener auraient été émis. Parmi les personnes visées figurent Samir Handal, Rockefeller Vincent, Francis Cinéus, Mario Beauvoir, Jean Monard Métellus, Jean Roger Noëlcius et Wendelle Coq Thélot. Le juge a également demandé la diffusion d’avis de recherche contre ces individus. Par ailleurs, plusieurs personnalités ont été auditionnées ces derniers mois par le juge Cyprien, notamment Claude Joseph, alors Premier ministre, l’ancien conseiller présidentiel Smith Augustin, affecté au consulat dominicain, accusé d’avoir facilité le passage des mercenaires vers la République dominicaine, ainsi que l’ancien sénateur de l’Artibonite Youry Latortue et l’ancien parlementaire du Sud-Est Joseph Lambert.
Toutefois, malgré ces nombreuses auditions, beaucoup critiquent la lenteur du dossier, aucun verdict n’ayant encore été prononcé en Haïti. Cette situation est perçue comme un échec et une preuve de l’inaction du système judiciaire.
En revanche, aux États-Unis, l’un des pays soupçonnés d’implication dans la planification du crime, des avancées significatives ont été réalisées. Le 10 mars 2026, Martine Moïse a témoigné en tant que témoin dans le cadre de ce dossier. Des observateurs soulignent l’existence de contradictions par rapport à ses premières déclarations.
Plusieurs personnes ont déjà été jugées dans ce procès fédéral. Parmi elles figurent le Colombien Arcangel Pretel Ortiz, l’Américain Antonio Intriago, James Solages, Walter Veintemilla et Christian Emmanuel Sanon, qui risquent la prison à vie. D’autres, comme Rodolphe Jaar, John Joël Joseph, Germán Rivera et Joseph Vincent, ont plaidé coupable dans cette affaire.
Pour l’heure, il s’agit d’un dossier comportant de nombreuses zones d’ombre. Ainsi des critiques visent les autorités étatiques, accusées d’être liées à la mort du président et de bloquer le fonctionnement de la justice. Dans ce contexte, l’Alliance nationale des forces organisées et solidaires pour Haïti (ANFOS) plaide en faveur d’un procès juste, impartial et équitable pour l’ancien président. Les responsables estiment que seule l’indépendance du système judiciaire permettra d’identifier et de juger les coupables. Ainsi, pour que justice soit rendue à Jovenel Moïse, la justice doit être en mesure d’entendre tous les protagonistes, y compris son épouse, Martine Moïse, considérée comme le principal témoin dans cette affaire.
Oberde Charles
