La stabilité comme héritage discret à protéger
Depuis son instauration, le classement FIFA des Grenadiers raconte une histoire sinusoïdale : celle d’une sélection capable de brusques élans, mais trop souvent condamnée à retomber dans l’irrégularité.
Les chiffres en gardent la mémoire : un triste record à la 155ème place, un sommet aux 39ème et 38ème places entre décembre 2012 et janvier 2013, puis un retour vers des positions plus modestes, jusqu’à occuper aujourd’hui la 83ème place au classement publié le 1er avril 2026.
Certains tentent maladroitement de ramener la trajectoire récente des Grenadiers au simple éloignement du pic de décembre 2012 à janvier 2013. C’est, à l’évidence, une lecture partielle, réductrice, voire paresseuse.
Et pour cause : depuis 2021, sans retrouver les sommets exceptionnels de ces deux (2) mois, notre pays évolue dans une zone relativement plus stable, le plus souvent dans l’orbite du top 90 mondial. Cette constance ne vaut peut-être pas triomphe, mais elle mérite mieux que les commentaires négatifs, dans un pays en proie à la dictature d’un quotidien délétère, où le football a longtemps été secoué par des crises morales et organisationnelles. Dès lors, une telle stabilité sur une quadriennale ne constitue-t-elle pas déjà une forme de progrès ?
À mon humble avis, l’honnêteté commande de reconnaître que cette stabilisation ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un écosystème rigoureux de gestion plus professionnelle mis en place sous l’autorité du Comité de normalisation (CN). La FIFA salue le travail accompli par Mme Monique André, qui préside ce comité au sein de la Fédération haïtienne de football, et rappelle, dans la prolongation de sa mission jusqu’au 30 novembre 2026, que la mission de cette structure est d’assurer la gestion courante avec la même discipline administrative, de finaliser l’adaptation du cadre statutaire et de conduire l’institution vers des élections crédibles.
C’est là, désormais, que réside le véritable enjeu : la future fédération issue des élections ne devra pas voir son installation comme le droit de tout recommencer au gré des vieux réflexes de rupture, de personnalisation ou d’improvisation, mais comme l’obligation de préserver les bases déjà posées — rigueur administrative, discipline financière, continuité réglementaire et sens de l’institution.
Car, au fond, la vraie question n’est-elle pas moins celle du classement FIFA que celle de la capacité de la nouvelle équipe fédérale à préserver durablement les principes de bonne gouvernance, seuls garants d’un progrès solide dans toutes les catégories ?
Mickelson Thomasa
