​​​​​​​En Haïti, toute politique éducative sérieuse doit impérativement s’appuyer sur un plan directeur national solide, ancré dans les réalités du pays et structuré autour de données fiables. Le chapitre IX (pp. 123-130) du livre « COVID-19 et les outils de planification du secteur d'Éducation en Haïti », paru en janvier 2022, signé du Directeur Général de l'Éducation Nationale d'Haïti (DG-MENFP), M. Yves ROBLIN présente un plan décennal d’éducation, éclairé par l’approche Roblin, en proposant vingt objectifs ambitieux minés par l’urgence. Ce texte du professeur d'une longue carrière, aux allures de cri du cœur, donne lieu aux bases d’une réforme éducative ambitieuse, mais attendue depuis trop longtemps. Dans ce papier marabout, j'invite les fous de ce secteur à découvrir l'ambition du Plan National d'Éducation de l’Approche Roblin, un appel à une éducation pour tous, mûrie d'équité et de proximité.
Un cap pour ne plus naviguer à vue
« Aucun ministère de l’Éducation ne peut fonctionner sans un plan comme boussole pour modeler l'avenir de son éducation », a mentionné l'auteur (p. 123). Voilà une vérité implacable qu’Haïti n’a que trop longtemps ignorée. Dans un pays où les enfants marchent parfois des kilomètres pour rejoindre une école délabrée, il est impératif de fixer un cap. Le Plan National d'Éducation doit devenir le socle de toute réforme. L’auteur plaide donc pour une implémentation rapide, structurée, et surtout participative du plan décennal, qui permettra d’organiser la collecte locale de données (via la carte scolaire), d’alimenter le Système d’Information pour la Gestion de l’Éducation (SIGE) et de générer des indicateurs concrets pour la prise de décision (p. 123).
Les institutions au pied du mur
Le message est clair k on dlo kòk : « le Ministre de l’Éducation, le Gouvernement, le Parlement devraient s’approprier le nouveau Plan National d'éducation » (pp. 123-124). Sans une volonté politique ferme, ce plan restera lettre morte. Car il ne s’agit pas simplement d’un document de plus à ranger dans une armoire poussiéreuse, mais bien d’une feuille de route pour sauver l’éducation nationale, « par une large concertation au niveau de la communauté éducative pour l'atterrissage de ce plan » (p. 124).
Le SIGE, pierre angulaire d’une réforme attendue
Le texte du DG-MENFP revient sur la nécessité de « rétablir le comité de pilotage du SIGE » (p. 124), dont l’inaction freine toute évolution de l’offre éducative. Un diagnostic rapide et précis de l’existant est exigé. Il faudra évaluer les capacités d’accueil, répartir équitablement la demande scolaire et, surtout, faire de l’équité un principe directeur. Car trop souvent, ce sont les enfants des zones rurales ou des bidonvilles qui paient le prix fort de l’inertie étatique. Ainsi est-il « la carte scolaire, le SIGE, la pro-activité, la créativité et la prospective (…) ce sont des maîtres-mots pour le décollage et l'atterrissage de cet avion Plan », a écrit l'auteur (p. 124).
Un système à reconstruire du sol au plafond
La planification scolaire doit s’ancrer dans un cadre juridique clair, à tel point que « Kabrit ki gen anpil mèt mouri nan kòd » (p. 125), où les responsabilités sont bien définies, les délais respectés et les coûts maîtrisés. Mais au-delà du cadre, il faut renforcer les Directions Départementales d’Éducation (DDE), créer des centres d’accueil pour familles vulnérables, faciliter l’accès à une éducation de qualité, et surtout, arrimer la formation à la planification de l’emploi. Sinon, les perspectives de croissance populaire risquent de se réduire à de simples rêves, car « ceci s'inscrit dans une démarche de meilleur rendement externe pour répondre aux finalités de l'éducation dont l'aspect socio-économique » (p. 126).
Repenser l’Éducation comme un bien commun
Le vrai frein au développement n’est pas le manque de volonté des jeunes haïtiens, mais l’absence d’un cadre stratégique qui les implique dans la reconstruction de leur pays, du « choix judicieux à faire dans le cadre de l'analyse coût-bénéfice, voire lapproche main-d'oeuvre ou la méthode de l'emploi qui considère l'éducation comme un bien économique » (p. 126). La population haïtienne réclame une école qui prépare à la vie, qui forme des citoyen.ne.s, pas des chômeurs diplômés. Or, « l’invisibilité de l’Éducation dans les priorités budgétaires de l’État » semble être une injustice flagrante.
SIGE, INS, Cadastre : le trio gagnant
Pour sortir de cette impasse, il faut un inventaire actualisé des écoles publiques, privées et communautaires. Cela implique un redéploiement massif du SIGE, de la DPCE de l’Institut national de la statistique (INS) et du cadastre, « et qu'on les recadre à partir d'un travail efficace et efficient du SIÈGE dans le cadre du projet d'assainissement enclenché par la Task Force MENFP-OMRH-MEF (p. 127). Sans données fiables, il est impossible de planifier efficacement, et encore moins d’investir judicieusement.
Un pacte pour l’avenir
L’auteur de l'Approche Roblin en appelle à un « pacte national pour l’Éducation et la formation en Haïti » (p. 127), soutenu par l’État et les partenaires techniques et financiers. Ce pacte reposerait sur une réforme de la gouvernance, une gestion moderne des ressources humaines, une planification intégrée aux plans communaux, et un financement adéquat; pour faire court, un projet de société dans lequel chaque citoyen.ne aurait sa place. « De surcroît, il faut faire appliquer la loi sur le Fonds National d'Éducation (FNE) qui veut qu'on régularise les taxes sur les appels téléphoniques ($0,5 US) et les transferts d'argent ($1.5 US) de l'étranger destinés originellement vers le financement de l'éducation » (p. 127).
S’aligner sur les priorités internationales
Dans l’épilogue du plan, l'Approche Roblin s'enchaîne aux Objectifs de Développement Durable (ODD) qui sont évoqués comme boussole internationale « avec leur horizon temporel 2030 qui prévoit l'émergence de nombreux pays en développement » (p. 128). Le document stratégique devra indiquer des axes prioritaires pour transformer le Système Éducatif et élargir les opportunités d’apprentissage.
Un appel aux bailleurs de fonds, l’urgence de soutenir l’école haïtienne
Le Cabinet-DG et le Ministère doivent, selon l’auteur, lancer un appel aux Partenaires Techniques et Financiers (PTF), à la Banque mondiale, aux agences de l’ONU, pour appuyer la restructuration de l’offre éducative « pour le décaissement de fonds en provenance de bailleurs de fonds particulièrement sous forme d'appui budgétaire » (p. 128). Mais cela ne suffira pas, l’État haïtien doit aussi prévoir un fonds national de compensation scolaire, pour alimenter le SIGE/EMIS et garantir une équité de traitement et « pour faciliter les rapports avec la Direction Technique (DT) et les Directions Départementales d'Éducation (DDE)» (p. 129).
Des mesures concrètes pour des résultats mesurables
L’implémentation du plan doit prévoir : a) un plan logement pour les enseignants (p. 129); b) la garantie de partenariat public-privé pour une gestion assurée dans le cadre du pilotage du Plan National d'Éducation (se référant à la loi du 19 novembre 2007); c) une prévision budgétaire solide; d) la formation des cadres éducatifs; et, e) un appui stratégique aux DDE. À terme, il s’agit d’éviter une désintégration institutionnelle, voire une implosion du Système Éducatif.
Le respect des normes, un impératif républicain
Le Directeur Technique de MENFP aura la lourde tâche de rendre publique une planification scolaire cohérente, respectueuse des normes étatiques (p. 129). Il devra également organiser un calendrier de fermeture des écoles insalubres ou non fonctionnelles.
Des objectifs clairs, un suivi rigoureux
Suivant l'Approche Roblin, le plan ne sera viable que s’il est suivi d’évaluations annuelles rigoureuses comme « des stratégies techniques à adopter afin de mettre en place un secondaire générale et secondaire technique en perspective d'une meilleure adéquation formation-emploi » (p. 130). Des indicateurs de performance, des objectifs chiffrés, et une évaluation basée sur la réalité du terrain devront orienter les interventions (pp. 128-130).
Il est temps d’agir
Ce chapitre (IX) du plan décennal, inspiré, en partie, par l’Approche Roblin, est bien plus qu’un document technique. C’est un cri, une alarme vivante, une main tendue vers l’avenir d'une Éducation pour tous conduisant à « l'auto-emploi ». Il appelle à un sursaut national, à une mise en cohérence de tous les efforts du gouvernement, des partenaires et des acteurs/actrices du système. Il propose des outils, des méthodes, des partenariats vivants avec des bailleurs de fonds comme l'UNESCO, la BRH, entre autres. Mais surtout, le DG du MENFP, Yves Roblin, rappelle que « sans éducation, il n’y a pas de développement possible ». Alors, que fait-on ? On continue à tourner en rond ou on retrousse ses manches ? L’histoire jugera. Il faut agir vite et bien, voilà la place du Plan National d'Éducation de l'Approche Roblin.
joseph.elmanoendara@student.ueh.edu.ht,
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Formation : Sciences Juridiques/FDSE, Communication sociale/Faculté des Sciences Humaines (FASCH), Masterant en Fondements philosophiques et sociologiques de l’Éducation/ Cesun Universidad, California, Mexico.
