Il suffit aujourd’hui de parcourir les rues de l’aire métropolitaine, de Cap-Haïtien, des Cayes ou de n’importe quelle ville de province pour comprendre une chose essentielle : la question de la jeunesse n’est pas un dossier parmi d’autres, elle est le cœur même de la crise haïtienne. Notre pays est jeune. Pourtant, jamais une génération n’a été autant livrée à elle-même.
L’un des drames silencieux que nous refusons trop souvent de regarder en face est la dégradation progressive d’une partie de notre jeunesse, laissée sans encadrement, sans repères et sans perspectives. Lorsqu’un adolescent grandit dans un environnement où l’école est fermée, où aucun espace sportif n’existe, où la famille est fragilisée par la misère et où la seule autorité visible est celle des groupes armés ou de la rue, il ne choisit pas la déviance : il s’y adapte pour survivre. La consommation de drogues, la violence banalisée, la perte du sens de l’effort et du respect des valeurs collectives ne sont pas des causes, mais les conséquences directes d’un abandon prolongé. Une jeunesse livrée à elle-même devient vulnérable à toutes les formes de manipulation et d’exploitation. La véritable question n’est donc pas de condamner ces jeunes, mais de reconnaître notre responsabilité collective et institutionnelle dans l’absence de structures capables de les accueillir, de les former et de leur offrir un horizon. Car aucun jeune ne naît pour détruire sa propre vie ; c’est l’absence d’alternatives qui finit par briser les trajectoires.
Aujourd’hui, la refondation nationale passe obligatoirement par un choix clair : faire de la jeunesse la priorité absolue de l’action publique.
Le sport : bien plus qu’une activité, un outil de stabilisation
Dans un pays traversé par la violence et la fragmentation sociale, le sport peut devenir un puissant instrument de paix.
La participation d’Haïti aux grandes compétitions internationales, et particulièrement à la Coupe du Monde 2026, doit être comprise comme une opportunité nationale et non comme un simple événement sportif. C’est un moment capable de rassembler le pays, de redonner de la fierté à la population et surtout de relancer une véritable politique sportive.
Rebâtir le citoyen haïtien par l’action civique
Nous avons trop longtemps réduit l’action civique à des activités ponctuelles sans continuité. Or, dans la période que traverse le pays, elle doit devenir une grande politique nationale. Haïti a besoin d’une génération engagée dans la reconstruction de son propre pays. Cela passe par la mise en place d’un véritable service civique national qui permettra à des milliers de jeunes de promouvoir la paix et la stabilisation et des participer à des projets communautaires.
L’action civique donnera aux jeunes ce qu’ils recherchent aujourd’hui : un rôle, une utilité sociale et le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. On ne peut pas demander à la jeunesse d’aimer la nation si la nation ne lui donne aucune place.
D’un ministère d’activités à un ministère de transformation
Le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique doit changer de dimension. Il ne doit plus être un espace de gestion d’événements, mais un instrument de transformation sociale, un levier de stabilisation nationale et un laboratoire d’avenir pour la jeunesse haïtienne. Cela suppose une vision claire, une planification rigoureuse et une présence sur tout le territoire.
Refonder la nation par sa jeunesse n’est pas un slogan. C’est une responsabilité historique. Car si nous donnons à cette génération des infrastructures, des formations des encadrements et des perspectives elle deviendra la plus grande force de reconstruction que ce pays ait connue.
L’avenir d’Haïti ne se jouera pas uniquement dans les négociations politiques ni dans les décisions économiques. Il se jouera dans notre capacité à redonner une direction, une dignité et une espérance à notre jeunesse.
C’est là que commence la nouvelle mission de l’État haïtien.
Destin Peterson
Technicien de Jeunesse
Spécialiste en Développement Communautaire
