Ce jeudi 12 février 2026, malgré un froid mordant et un vent hivernal qui s’engouffrait dans les ruelles, la petite rue pentue menant à la grande salle Art déco de l’hôtel de ville était le théâtre d’une effervescence inhabituelle. Emmitouflée dans de lourds manteaux et de longues écharpes, une foule joyeuse remontait la chaussée d’un pas vif, comme un cortège de pèlerins modernes, animés non par la ferveur religieuse, mais par la soif de savoir et l’appétit d’idées neuves.
Au fil des onze éditions, les habitants de Montmorency, à Paris, étaient devenus des familiers de ce rendez-vous : un véritable pèlerinage intellectuel qui les voit affluer, bravant l’hiver, pour écouter des spécialistes et se nourrir de débats capables d’éclairer les zones d’ombre d’une époque troublée.
La grande salle Art déco s’apprêtait justement à accueillir une soirée d’exception. Ses lambris dorés et ses lustres scintillants — témoins silencieux d’innombrables rencontres — vibraient une fois encore au rythme des idées. Ce soir-là, elle affichait complet : remplie jusqu’à la dernière chaise, l’atmosphère y était électrique, presque palpable, tant le public semblait avide de réflexion.
Pour cette onzième édition des Entretiens, l’invité était de taille : Pierre Rosanvallon, politologue et sociologue, professeur au Collège de France et figure tutélaire de Sciences Po Paris. Auteur d’une œuvre abondante, il a consacré de nombreux ouvrages à la légitimité démocratique, à la solidarité, à la contre-démocratie et aux transformations de l’État-providence.
Le thème de la soirée — La protection de la démocratie — résonnait comme un appel à la vigilance. Rosanvallon y proposait des pistes exigeantes et stimulantes, transformant la rencontre en laboratoire d’idées pour repenser le fonctionnement démocratique à l’échelle européenne, entre héritage historique et défis contemporains.
Face au politologue et maire adjoint à la culture, le Franco-Haïtien Éric Sauray, il se montra, comme à son habitude, à l’aise et précis. Pendant plus d’une heure, dans un dialogue vivant et soigneusement mené, il répondit aux questions avec une parole fluide et une argumentation acérée.
Les échanges furent ponctués d’interludes de musique classique, respirations bienvenues qui laissaient au public le temps d’assimiler la densité des idées. Dans cette cohue bon enfant où se mêlaient habitués et curieux de passage, on sentait battre le cœur d’une cité qui a fait de la culture un étendard et du débat d’idées une fierté. Montmorency, en ce soir glacial de février, prouvait ainsi que, même par grand froid, la pensée, elle, demeure brûlante — et que les Entretiens savent faire vibrer à la fois l’intime et la res publica.
La touche de Maxime Thory
Depuis l’arrivée de Maxime Thory à la tête de la mairie de Montmorency, un vent nouveau soufflait sur la ville. Tel un chef d’orchestre inspiré, cet énarque rompu aux subtilités de l’administration, a insufflé une dynamique culturelle vibrante à la cité, la transformant en véritable agora des idées où résonnaient les grands débats de société. Sous son mandat, Montmorency s’est métamorphosée en phare intellectuel rayonnant bien au-delà de ses frontières, chaque saison apportant son lot de rencontres stimulantes qui faisaient de l’hôtel de ville une cathédrale moderne de la pensée.
Candidat à sa propre succession lors des municipales de mars 2026, Thory pouvait se targuer d’avoir gravé dans le marbre de sa ville ce rendez-vous intellectuel devenu incontournable : les Entretiens de Montmorency, rituel culturel désormais ancré dans l’ADN local comme les vendanges le sont à l’automne en terre viticole.
Car ce n’est pas toujours que les sujets traités aux Entretiens de Montmorency revêtent une dimension aussi prégnante politiquement parlant. Telle une mosaïque aux mille facettes, cette série de rencontres savait explorer tous les territoires de la pensée et de la création, naviguant avec aisance entre les rives de la politique et celles de l’intime, entre les courants de l’histoire collective et les méandres des destins individuels.
La dixième édition, organisée le samedi 22 novembre 2025, avait pris un tour plus intime. Invitée des Entretiens de Montmorency, l’écrivaine Vanessa Schneider — journaliste au quotidien Le Monde — était venue présenter La peau dure. Devant un public attentif, elle a évoqué la mémoire familiale, la place des non-dits et la figure de l’actrice Maria Schneider, au cœur d’un récit porté par une grande pudeur. Une soirée sobre et émouvante, qui rappelait que les Entretiens savent aussi quitter les grands débats politiques pour accueillir, parfois, les confidences et les fractures de l’histoire personnelle.
Des questionnements sociétaux aux récits intimes, de l’économie à la littérature, de l’environnement à l’art : les Entretiens de Montmorency figuraient désormais parmi les temps forts incontournables de la vie culturelle régionale, cette capacité à embrasser tous les champs de la connaissance humaine faisant leur richesse et leur singularité.
Il était donc naturel que, pour cette onzième édition, le balancier revienne vers la pensée politique — et vers la démocratie, plus que jamais. Car au moment même où l’extrême droite gagne du terrain en France, la vigilance n’est plus une option : c’est une urgence.
Maguet Delva
