Le 25 septembre 2025, lors de son adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies à New-York, le Président du Ghana John Dramani Mahama a dénoncé la traite négrière comme le plus grave crime contre l'humanité.
Plusieurs se sont posés comme question si l'ONU allait s'y intéresser pour donner suite. Six mois plus tard, soit le 25 mars 2026, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté une résolution qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de plus grave crime contre l’humanité.
Cette résolution a été adoptée par 123 voix pour, 52 abstentions dont le Royaume Uni et les pays membres de l'Union Européenne et 3 contre dont les États-Unis, Israël et l'Argentine.
Des opposants â la résolution l’accusent de mettre les crimes en compétition, évoquant le risque de mettre en concurrence des tragédies historiques qu’il n’y a pas lieu de comparer, sauf à le faire au détriment de la mémoire des victimes tout en plaidant pour refuser l’oubli et l’effacement. Ce qui a fait réagir le ministre ghanéen des affaires étrangères comme suit:
" Les responsables de la traite transatlantique des esclaves sont connus : les Européens, les États-Unis. Nous attendons qu'ils fassent tous des excuses formelles à l'Afrique et pas des excuses molles, comme certains l'ont fait dans le passé".
Il faut d'abord saluer tous les pays membres qui ont adopté cette résolution. La joute ne fait que commencer puisque les États-Unis et les pays membres de l'Union Européene identifiés comme principaux responsables de la traite transatlantique ne reconaissent pas leur culpabilité.
Les arguments évoqués par les pays qui se sont abstenus et qui ont voté contre cette résolution doivent nous interpeller.
Le paradoxe dans cette résolution est que :"Les esclaves africains n'étaient pas considérés comme des êtres humains, aux yeux de la majorité des colons, ils n'avaient ni conscience ni âme". Ils étaient tout simplement des objets. D'autant plus que tout ce qui se passait au cours de cette période esclavagiste était jugé nécessaire et utile pour la survie économique des grandes puissances colonisatrices avec des dispositions légales.
Il convient de rappeler que la traite des esclaves africains est un commerce triangulaire de trois communautés sur trois continents pour favoriser et pratiquer le commerce des esclaves africains.
Les vérités finissent toujours par sortir. Il reste à définir contextuellement le terme "esclaves africains". Cette terminologie a déjà fait couler beaucoup d'encre et porte parfois une signature dynamique et évolutive. Certains auteurs mal intentionnés vont jusqu'à catégoriser et responsabiliser des marchands, vendeurs et propriétaires d'esclaves. Ces vendeurs de mots nous ont servi pendant trop longtemps des déformations de la vérité dignes de pots pourris et de bouillarbaises indigestes aux lecteurs conséquents et avisés.
Le vote des États-Unis trahit la mémoire collective des américains. Le treizième amendement de la constitution américaine et l'assassinat du Président Abraham Lincoln sont intimement liés à l'abolition de l'esclavage aux États-Unis.
Est-ce que cette résolution déclassifie la Shoah qui est reconnue juridiquement non seulement comme un crime de guerre mais surtout comme un crime contre l'humanité et un génocide? Est-ce que cette résolution est dérangeante parce qu'elle comporte les mots "plus grave" dans sa formulation? Est-ce le fait que plus des centaines de milliers de colons israéliens vivent dans des territoires occupés à Jérusalem-Est, Cisjordanie pose problème? Les raisons évoquées par Israël pour voter contre cette résolution semblent s'inscrire dans une logique d'alliances stratégiques, économiques, diplomatiques durables et indéfectibles. L' aveugle peut parfois guider voire conduire le borgne.
Le troisième pays à avoir voté contre cette résolution est l'Argentine. Ce pays n'a jamais été une puissance coloniale et n'a colonisé aucun pays. Au contraire, elle a été colonisé par l'Espagne durant plus de trois siècles. Faut-il croire que l'Espagne n'a pas su laisser ses marques ou la mémoire collective des dirigeants actuels leur a fait défaut?
À la fin du XIX siècle, l'Argentine a mené une campagne militaire baptisée la "Conquête du Désert" pour étendre son territoire aux dépens des populations indigènes. L' Argentine est donc une ancienne colonie formée par expansion territoriale sur son propre continent et non par la colonisation d'autres pays.
Il est important de rappeler que les Afro-descendants ont joué un rôle crucial et déterminant dans la libération de l'Argentine. Le génocide a vite remplacé les récompenses promises à des AFro-descendants pour avoir combattu au sein de l'armée. Cette population représentant jadis près de 50% de la population de la capitale de Buenos Aires est réduite actuellement à 1%, au grand maximum 3%, au dire de certains, faute de statistique fiaible. En préconisant une "Argentine blanche", ce pays a sciemment effacé la présence Afro-descendante des manuels de son histoire. Quand le déni historique frise la démesure, la logique transactionnelle positive est à son plus bas niveau. Quelles sont les vraies raisons qui peuvent avoirdicté à l'Argentine de voter contre cette résolution? Est-ce que l'actuel gouvernement de l'Argentine craint que cette résolution donne plus de minutions aux argentins de souche Afro-descendante qui se battent encore pour faire valoir leurs droits en tant que citoyens? Est-ce le lien de l'actuel Président argentin avec son homologue américain ou le simple désir de s'affirmer comme une grande puissance?
Dans son état actuel, le texte de cette résolution est non contraignant. Est-ce que les pays africains concernés pourront demander réparation dans le futur?
Est-ce qu'une réponse sous forme de dette morale serait acceptée par les pays africains, le cas échéant?
Selon la Charte des Nations Unies, la Cour Internationale de Justice (CIJ) est l'organe principal qui peut trancher la responsabilité d'un État et d'ordonner des réparations à condition que les États concernés acceptent sa juridiction. De plus, il est à noter que les réparations ne sont pas directement versées directement à l'État lésé, mais peuvent être destinées à bénéficier directement aux individus victimes de violations des droits de l'homme ou du droit international humanitaire. Qui seraient ces victimes?
La jurisprudence de la Cour Internationale de Justice regorge de verdicts sans suivi, dû au fait que le droit international n'est pas contraignant. Même quand le Conseil de Sécurité de l'ONU serait saisi du refus d'un État de se conformer aux arrêts de la Cour Internationale de Justice, l'utilisation du veto. en soi pourrait tout bloquer. Trois des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU sont potentiellement ciblés dans cette résolution.
La complicité des anciennes puissances colonisatrices date bien avant l'instauration de la traite négrière, les dés sont pipés davance.
Le temps des mémoricides, des falsifications, des minimisations des violences, des effacements de mémoire collective, des dénis historiques, des discours de déshumanisation est passé, celui de la vérité absolue est venu.
Chrisnel Blot
28 mars 2026
