Ce que Miami a jugé et ce qu'il a évité.
Quarante-deux jours d'audience. Trente-neuf jours de témoignages. Deux jours de délibération. Et au bout : quatre condamnés, une prison à vie probable et la vérité politique, toujours intacte, toujours hors d'atteinte.
Le jury fédéral de Miami a rendu son verdict. Il n'a pas rendu la vérité.
Les condamnés : des rouages, pas des architectes
Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla, James Solages quatre hommes reconnus coupables de complot pour assassinat d'un chef d'État étranger. Ils ont recruté vingt-quatre anciens soldats colombiens. Ils ont fourni l'argent, les armes, les munitions, les gilets tactiques. Ils ont organisé la logistique de l'horreur.
Mais ils n'en ont pas écrit le scénario.
Le procureur a prouvé le comment. Il n'a pas prouvé le pourquoi. Il a condamné les exécutants. Il n'a pas nommé les commanditaires. Ce procès a jugé les mains pas la tête.
Le flou organisé
La défense a plaidé que ses clients croyaient exécuter un mandat d'arrêt légitime contre un président accusé d'avoir prolongé illégalement son mandat. Argument commode. Argument qui révèle néanmoins une réalité troublante : le complot a changé de nature en cours de route d'abord destituer Moïse par la force, puis l'éliminer. Quelqu'un a pris cette décision. Ce quelqu'un n'est pas dans le box des accusés.
Christian Sanon médecin haïtien qui se rêvait président sera jugé séparément, pour raisons de santé. Des anciens sénateurs haïtiens sont cités dans les actes d'accusation. Aucun n'a encore comparu devant un tribunal américain. En Haïti, plusieurs enquêtes parallèles s'enlisent dans l'impunité chronique. Aucun procès majeur n'a abouti.
Le Sud de la Floride a servi de plaque tournante CTU Security, Worldwide Capital Lending Group, des sociétés-écrans pour financer un régicide. Miami a jugé ses propres. Elle a laissé les autres prospérer dans l'ombre.
Ce que ce verdict ne dit pas
Il ne dit pas qui a commandé.
Il ne dit pas pourquoi le 7 juillet 2021, et pas avant.
Il ne dit pas quelles mains haïtiennes politiques, économiques, institutionnelles ont signé cet arrêt de mort.
Il ne dit pas pourquoi l'enquête haïtienne, trois ans après, ressemble davantage à une dissimulation organisée qu'à une recherche de vérité.
Pour la famille Moïse, pour le peuple haïtien, ce verdict est une réponse partielle à une question totale. On a condamné la logistique d'un crime d'État sans en identifier les États.
Conclusion : un chapitre fermé, un dossier ouvert
Miami a jugé un complot. Elle n'a pas jugé une conspiration dans son entièreté.
Ce verdict ferme un chapitre sur la mécanique du crime. Il ne ferme pas; il ne peut pas fermer le dossier de la vérité politique. Et tant que les commanditaires demeurent non confirmés judiciairement, tant qu'aucun tribunal haïtien ne fonctionne avec l'indépendance nécessaire, tant que les archives de cette nuit du 7 juillet restent verrouillées par ceux-là mêmes qui ont intérêt à les garder secrètes.
Jovenel Moïse n'aura pas encore été véritablement jugé. Seulement vengé à moitié.
La question demeure, intacte et brûlante :
Qui a commandé ? Pourquoi ? Et avec quelles complicités ?
Un peuple qui ne connaît pas la vérité sur la mort de son président est un peuple que l'on continue d'assassiner.
Pierre Richard Raymond
Le 11 mai 2026
