Alors que les violences armées continuent de provoquer assassinats, enlèvements, violences sexuelles, incendies et déplacements massifs de population, le FRESH dénonce ce qu’il qualifie de « démission de l’État ». Le mouvement réclame une réponse globale à la crise sécuritaire, allant au-delà de la seule intervention policière, et appelle à la conclusion d’un « Pacte national pour la sécurité ».
Né au sein de la diaspora haïtienne, notamment en Île-de-France, le Forum pour la Refondation de la Société Haïtienne (FRESH) entend s’impliquer davantage dans le débat public et contribuer à l’émergence d’une société de droit, plus juste, inclusive et démocratique en Haïti. À travers cette démarche se dessine une ambition plus large : faire évoluer la place de la diaspora, appelée à ne plus être considérée uniquement comme une source de soutien économique, mais comme un acteur à part entière de la vie citoyenne et politique du pays.
Créé en France le 12 septembre 2025, le FRESH affirme avoir pour ambition de « contribuer à la construction d’une société de droit, plus juste, inclusive et démocratique en Haïti ». Si le mouvement se présente aujourd’hui comme une initiative citoyenne, son orientation laisse entrevoir une volonté d’investir progressivement le champ politique. À terme, il pourrait ainsi envisager une évolution vers la forme d’un parti politique.
Dans le contexte actuel, le FRESH estime que la restauration de la souveraineté populaire constitue une condition essentielle à la refondation démocratique du pays. Cette position a notamment été exposée dans une lettre adressée à la CARICOM le 20 juillet 2026, intitulée « Proposition du FRESH pour la restauration de la souveraineté populaire et la refondation démocratique en Haïti ». À travers cette démarche, le mouvement entend inscrire son action dans une réflexion plus large sur la gouvernance, la participation citoyenne et la reconstruction des institutions démocratiques haïtiennes.
Une dénonciation de « l’effondrement de l’État »
Dans sa prise de position sur la situation sécuritaire, le FRESH exprime une « profonde indignation » face à la montée de l’insécurité dans le pays. Kidnappings, assassinats, viols, incendies et déplacements massifs de populations sont présentés comme les manifestations d’une crise qui aurait désormais dépassé le simple cadre de l’insécurité.
Pour le mouvement, Haïti serait confrontée à un processus plus profond : « l’effondrement programmé de l’État ». Le FRESH estime ainsi que le pays ne fait plus face uniquement à un État faible, mais à un « État démissionnaire ».
Le mouvement met directement en cause le fonctionnement des institutions et dénonce « le laxisme, l’incohérence et l’absence totale de volonté politique au sommet de l’État ». Selon lui, ces facteurs auraient contribué à transformer l’insécurité en un véritable « mode de gouvernance ».Cette lecture traduit une critique particulièrement sévère de la responsabilité des autorités publiques dans la dégradation de la situation sécuritaire.
« La sécurité est un droit, pas une faveur »
Face à cette situation, le FRESH affirme que la sécurité doit être considérée comme un droit fondamental des citoyens et non comme une faveur accordée par les pouvoirs publics. « La sécurité est un droit, pas une faveur », soutient le mouvement, qui rappelle que la protection de la vie et des biens constitue l’une des responsabilités fondamentales de l’État.
Pour le FRESH, l’incapacité des autorités à garantir cette protection remettrait en cause le contrat social qui lie l’État à la population. Le mouvement affirme en conséquence son refus de l’impunité et demande que des investigations soient menées sur les réseaux qui permettraient aux groupes armés de disposer de financements, d’armes et de protections politiques.
Le FRESH propose notamment la création d’une Commission nationale indépendante sur la sécurité, composée de personnalités issues de la société civile, de la justice et des forces de l’ordre. Cette commission aurait notamment pour objectif de contribuer à faire la lumière sur les mécanismes qui alimentent et entretiennent la violence armée dans le pays.
Une réponse qui ne serait pas seulement policière
Pour le FRESH, la crise sécuritaire ne peut toutefois être résolue par la seule action des forces de l’ordre. Le mouvement défend une approche globale articulée autour de plusieurs dimensions : sécuritaire, judiciaire et sociale.
Sur le plan sécuritaire, il préconise une réforme en profondeur de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti. Le FRESH plaide pour leur « nettoyage » et leur revalorisation, ainsi que pour l’octroi de moyens modernes et la mise en place d’une doctrine claire de sécurité nationale.
Sur le plan judiciaire, le mouvement réclame une justice capable de poursuivre les auteurs matériels et intellectuels des crimes. Il estime que l’impunité ne peut être combattue sans une institution judiciaire fonctionnelle et indépendante.
Le FRESH insiste également sur la dimension sociale de la crise. Il propose notamment un plan d’urgence en faveur des jeunes des quartiers vulnérables. Pour le mouvement, la lutte contre les groupes armés ne pourra produire des résultats durables sans offrir aux jeunes des alternatives crédibles fondées sur l’éducation, l’emploi et la dignité.
Vers un « Pacte national pour la sécurité » ?
Au-delà de ses propositions, le FRESH appelle les différentes composantes de la société haïtienne à dépasser leurs divisions. Partis politiques, organisations de la société civile, secteur privé et diaspora sont invités à participer à ce que le mouvement présente comme un « Pacte national pour la sécurité ».
Cette proposition repose sur l’idée que la crise sécuritaire ne peut être traitée par un seul secteur de la société. Elle nécessite, selon le FRESH, une mobilisation collective et une vision nationale susceptible de dépasser les intérêts particuliers.
Le mouvement affirme par ailleurs vouloir éviter que la souffrance de la population ne soit réduite à un simple argument politique. « FRESH ne fera jamais de la souffrance du peuple haïtien un slogan de campagne », affirme-t-il, présentant la situation sécuritaire comme le cœur de son engagement politique.
Le droit de vivre et d’espérer
À travers cette prise de position, le FRESH entend donc placer la question de la sécurité au centre du débat politique haïtien. Son message se veut à la fois une dénonciation de la situation actuelle et un appel à une refondation de l’action publique.
Le mouvement rappelle ainsi que le peuple haïtien a droit à la sécurité, à la libre circulation et à l’espoir. Derrière ces revendications se trouve une interrogation plus fondamentale : quelle peut encore être la fonction de l’État lorsque celui-ci ne parvient plus à garantir la protection de sa population ?
Pour le FRESH, la réponse passe nécessairement par une reprise en main des responsabilités régaliennes, une réforme des institutions sécuritaires et judiciaires, mais aussi par des politiques sociales capables de s’attaquer aux causes profondes de la violence.
Reste toutefois une question centrale : au-delà des déclarations et des propositions politiques, quelles forces institutionnelles et sociales seront capables de transformer ces engagements en actions concrètes ? En Haïti, l’urgence sécuritaire ne semble plus seulement consister à rétablir l’ordre. Elle pose désormais la question de la capacité même de l’État à exercer ses responsabilités et à garantir à ses citoyens ce qui devrait constituer le minimum d’une vie en société : le droit de vivre, de circuler librement et d’espérer.
Rodady Gustave
Avocat à Le Prétoire Cabinet d’Avocats et au Barreau de Port-au-Prince
Doctorant en histoire du droit
