Durant la fin de décembre 2025 jusqu’aux premiers jours de l'année 2026, ils sont nombreux les jeunes et les vieux, celles et ceux qui vivent en Haïti et dans la diaspora, autant les particuliers et les responsables de communication des plus importantes institutions d'Haïti, qui se sont tournées vers l’utilisation de l’Intelligence artificielle (IA) pour marquer les 222 ans de la proclamation de l'indépendance d'Haïti, en passant inévitablement par la soupe Joumou, l’un des principaux symboles de notre nation.
Des regards croisés sur la « soupe Joumou augmentée », la « Soupe Joumou 2.0 », permettent à travers un reportage analytique sur les usages de l’IA autour de la soupe de l’indépendance entre fin décembre 2025 et début janvier 2026, montrent la voie dans cette nouvelle dynamique à la fois culturelle, identitaire, créative, numérique et innovante. La soupe Joumou est représentée dans ses différentes dimensions perceptibles par le sens (le goût, la vue, l’odorat, le toucher, l'ouïe), et l’essence même de ce symbole historique de liberté, de dignité, d'authenticité.
Désormais l’IA a traversé les réseaux sociaux, comme un «â€¯nouvel ingrédient » s’est glissé dans la marmite. Sur TikTok, Instagram, Facebook, X, YouTube et WhatsApp, on voit apparaître textes générés, affiches composées par IA, vidéos augmentées, filtres interactifs et narrations hybrides. L’objectif de ce regard croisé est de répertorier ces formes, de les décrire et d’analyser ce qu’elles disent de l’intégration progressive de l’IA dans la mise en valeur de ce symbole national.
Des textes augmentés par IA : la soupe comme récit génératif ?
Des textes reviennent sur l’interdit colonial, la dimension de revanche symbolique du 1er janvier 1804, et le statut de la soupe comme symbole de liberté et de mémoire collective.On y retrouve des formulations très proches d’articles institutionnels, ce qui laisse deviner l’usage de modèles linguistiques capables de résumer, adapter et réécrire des contenus de référence.
Deux médias sociaux comme X et Facebook affichent des fils, qui mélangeant des citations historiques, anecdotes familiales et des reformulations automatisées. Cette écriture “assistée” permet à des non-spécialistes de produire des textes structurés, accessibles et relativement rigoureux. Elle tend aussi à homogénéiser le discours, en reproduisant les mêmes éléments narratifs dominants. En ce sens, l’IA agit comme un amplificateur des récits déjà institués sur la soupe Joumou, plus que comme un producteur de nouveaux savoirs.
Des affiches et visuels générés : la marmite comme icône algorithmique ?
Digitalisation accélérée dans la représentation des bols de soupe Joumou. L’un des usages les plus visibles concerne la production d’affiches et de visuels pour les célébrations du 1er janvier. Sur Instagram et Facebook, des particuliers, des collectifs, des associations d’ici et d’ailleurs, des restaurants et d’autres institutions publiques et culturelles publient des images composées à partir d’outils de génération visuelle (texte et image). Ces visuels déclinent quelques motifs récurrents : marmite fumante, giraumon, drapeau haïtien, silhouettes d’ancêtres, scènes de 1804 stylisées, représentant souvent des personnes historiques, ou d’autres anonymes autour du bol central, quand chaque personne ne dispose de son bol particulier entre les mains.
D’un point de vue formel, on observe une esthétique hybride, souvent marquée par le style “ illustration numérique lisse”, propre aux générateurs d’images tells que les couleurs saturées, les lumières irréelles, les personnages légèrement standardisés. “Cette iconographie algorithmique tend à lisser les spécificités de la peinture haïtienne, mais elle offre en retour une capacité de production massive et rapide, permettant à de petits acteurs (restos, associations de quartier, groupes de jeunes) de disposer d’affiches très valorisantes.”, rapporte parallelement l’assistant Copilot, en formulant les grandes lignes de ce texte, tout en concluant que : “L’IA fonctionne alors comme une « imprimerie populaire numérique », démocratisant l’accès à des images de qualité.”.
Des vidéos et montages IA exposent la soupe Joumou entre réel, archives et imaginaire ?
Dans une double dynamique, entre la préparation dans le réelle de la soupe et la présentation numérique et virtuelle de ce symbole multidimensionnelle, l’IA a ete au centre des montages enrichis : entre les voix off générées lisant un texte historique ou un poème sur la liberté ; les sous-titrage automatique en français, créole et anglais ; l’insertion d’archives visuelles (gravures, portraits de Dessalines, scènes de plantations) restaurées ou colorisées par IA ; les effets visuels où la vapeur de la soupe se transforme en cartes, dates historiques, visages d’ancêtres.
Double perspective, ce type de montage crée un récit où la soupe devient un point de contact entre le présent (la cuisine familiale filmée au téléphone) et les strates de l’histoire. L’IA joue ici un rôle d’éditeur accéléré, permettant à des personnes sans formation technique poussée de composer des vidéos à forte charge narrative. L’évolution est nette : on passe de simples photos de plats partagés à des micro-documentaires augmentés, où la dimension éducative se mêle à l’émotionnel.
Des filtres, stickers et mêmes : la ritualisation ludique ?
D’autres espaces virtuels se mettent dans la danse. Sur Instagram, TikTok et Snapchat, des filtres et stickers liés à la soupe joumou apparaissent au travers de la marmite flottante, de la fumée stylisée, du giroumon souriant, des slogans sur la liberté et l’indépendance. Même lorsqu’ils ne sont pas explicitement présentés comme « IA », leur production repose souvent sur des outils de génération ou d’assistance graphique automatisée. Des bols de soupe légendés, et des détournements humoristiques mettant en scène la Joumou face à d’autres plats, dans une comparaison temporelle entre l’avant et l’après l’indépendance ».
De tels formats ludiques banalisent la présence de la soupe dans la culture numérique quotidienne. L’IA contribue à cette diffusion en permettant une production rapide de variations graphiques, adaptées aux codes visuels des plateformes. La mémoire de l’indépendance et Joumou se trouvent ainsi intégrés dans la grammaire de cette culture authentique. Ce qui renforce la visibilité du symbole, tout en risquant de le désacraliser partiellement.
Des chats, bots et pédagogie dialogique : la soupe comme objet de questions ?
Dans certains espaces éducatifs et communautaires, on voit apparaître des usages plus réflexifs de l’IA : Des chatbots répondant à des questions sur l’histoire de la soupe Joumou, son lien avec 1804, sa signification dans la diaspora ; Des assistants conversationnels aidant à rédiger des messages de vœux, ses discours ou des textes commémoratifs ; Des outils traduisant automatiquement en créole ou en français standard des contenus pédagogiques sur la soupe et l’indépendance.
De tel usage instaure une pédagogie dialogique. Ainsi, les usagers posent des questions, obtiennent des réponses, demandent des reformulations. La soupe Joumou devient un objet d’enquête, un prétexte à revisiter l’histoire, à questionner les mythes, à confronter différentes versions du récit national. Parallèlement, des controverses existent sur l’historicité de certaines narrations autour du statut de « soupe de l’indépendance », montrant que le discours n’est pas figé et peut être discuté de manière critique.L’IA, dans ce contexte, peut soit renforcer les récits dominants, soit aider à exposer les débats et nuances.
Des regard croisé : une marmite numérique entre amplification et standardisation
Dans cette nouvelle rencontre entre l’intelligence artificielle et la soupe joumou s’ouvre un espace inédit où la mémoire de l’indépendance d’Haïti se réinvente. Dans cette marmite numérique, les données historiques deviennent des ingrédients, les algorithmes des cuisiniers, et les artistes, les communicants et les usagers ordinaires des passeurs entre réel et imaginaire. Grâce aux outils de génération visuelle, les scènes de 1804 peuvent être revisitées dans des esthétiques contemporaines, tandis que les sciences sociales et les praticiens des médias analysent les pratiques culinaires de la diaspora et les formes de circulation du symbole.
Des autorités politiques et culturelles, des entrepreneurs culturels, des créateurs de contenus et des acteurs associatifs peuvent créer des campagnes numériques et des événements virtuels, des récits augmentés qui célèbrent la dignité conquise par les ancêtres. On est en droit de rappeler que l’IA ne remplace pas la tradition. Elle l’amplifie, la diffuse et la transforme en un patrimoine vivant, partagé et réinventé.
De quoi sera fait la “ soupe Joumou augmentée” d’ici 2054 ?
Dans ce mouvement observé entre fin décembre 2025 et début janvier 2026, présentant plusieurs pistes d’évolution dans ce nouveau mariage entre les symboles historiques et culturels d'Haïti avec l’intelligence artificielle, il faudra retenir la muséification numérique augmentée, en attendant que le pays dispose de ses musées virtuels de la soupe Joumou, de proposer des expositions immersives où la préparation du plat est intégrée à des récits interactifs sur l’esclavage, la révolution, l’indépendance. L’IA y jouerait un rôle clé pour organiser les archives, personnaliser les parcours, et traduire les contenus en plusieurs langues et dans les nombreuses forms de création artistique, littéraire assistée et les multimédias. Dans ces œuvres, l’algorithme-joumou serait un personnage, la marmite numérique un espace de résistance, et le réseau-neuronal-dessalinien une métaphore d’une liberté en constante recomposition.
Désormais l'IA s’impose comme un nouvel ingredient dans la soupe Joumou ?
De la pédagogie critique. Il faudra questionner les dispositifs éducatifs où l’IA n’est pas seulement un outil de diffusion, mais aussi un objet d’analyse. On pourrait y interroger, avec les élèves, comment les textes générés présentent l’histoire, quels biais sont reproduits, quelles voix sont absentes. Ici, la soupe Joumou, dans ce cadre, devient un laboratoire pour penser les enjeux de l’IA dans les sociétés postcoloniales.
De la diplomatie culturelle et patrimoniale pour s’appuyer une fois de plus sur le statut de la soupe Joumou comme patrimoine immatériel inscrit par l’UNESCO, Haïti pourrait développer des campagnes internationales articulant tradition culinaire, histoire de l’indépendance et innovation numérique. L’IA servirait alors à produire des contenus multilingues, adaptés à différents publics, et à mesurer l’impact de ces campagnes dans l’espace médiatique mondial.
Définitivement l’IA s’est invitée dans presque tous les supports et les étapes de représentation des textes, affiches, vidéos, filtres, conversations, jusqu'à transformer autant la matière et la manière dont la soupe Joumou est représentée, racontée, partagée.
Diplomatie technologique, numérique, scientifique, culturelle et culinaire au carrefour de l’intelligence artificielle, la question qui s’ouvre désormais n’est plus de savoir si l’IA doit se mêler à la soupe Joumou, mais comment Haïtiens partout dans le monde peuvent rester maîtres de la recette symbolique, pour que ce plat de liberté demeure, même en version augmentée, un instrument de rassemblement, de conscientisation et de négociation pour le réveil et le renouveau de cette nation.
Dominique Domerçant
