« Il est de ces choses sans lesquelles nous ne pouvons pas vivre, et tant que nous les recherchons notre vie ne dépasse pas en dignité celle de la vie animale ; en même temps il est de ces choses sans lesquelles nous ne voulons pas vivre et c’est proprement la recherche de ces choses matériellement inutiles qui constitue notre marque d’homme ».
Réflexion faite par Franck Sylvain, ancien Président Provisoire d’Haïti, s’inspirant peut-être d’une chanson de Marie Laforêt, qu’il a restituée dans son livre de récits véridiques ou réalité suspecte Un édifice qui parle.
Dans son accrochant roman Le Portefeuille*, publié en février 1934 par Max Gédéon, et préfacé par Léon Laleau, (directeur d’alors de Haïti-Journal), l’auteur, dans ses élucubrations d’artisan de bonheur privé (et public) fait une réflexion qui en son temps supposa un scandale majeur pour la façon dont il dépeignait la plus effarante corruption qui empêcha jamais la Magistrature de l’Etat de bien fonctionner à travers ce qui s’appelle la « démocratie égalitaire », sorte de bizarrerie administrative, gargouilles sculptées d’une cathédrale matérialisant les vices. Et ce livre dans lequel une masse paradoxale d’actions immorales et de poésie sont dosées avec génie et adresse par l’auteur, encore jeune, a fait qu’il soit comparé à Radiguet par le préfacier.
L’auteur a gagné l’intérêt des lecteurs et le respect de la critique, qui a su détacher dans sa littérature la nudité tranchante, mordante, et même acérée d’une Administration, celle de l’Etat, qui paraît dénudée, d’une société, la nôtre, qui se meut par des velléités complexes, à travers les pages de ce roman et qui peut faire n’importe quoi, sauf laisser le lecteur indifférent.
Nous nous interrogeons sur le sens et l’intérêt d’un livre de ces caractéristiques - en plus de creuser dans les bontés artistiques et stylistiques de l’œuvre de cet écrivain haïtien -, son principal apport (réaliste pourtant) consistant à calibrer le rôle déterminant que Gédéon (sans ornière conceptuelle) a joué dans la péroraison d’une sorte de problématique administrative chez nous au premier quart du XXe siècle. Précieuse nous paraît la préface du roman, où un intellectuel de la trempe de Laleau offre, dans la perspective non tant de l’érudit (qui saute de la théorie à la pratique de l’Administration Publique) que du créateur, sa vision de l’œuvre du romancier qui, comme s’il justifiait un quelconque curriculum, sans le vouloir, peut-être, semble fournir automatiquement les instruments pour administrer, donner la vigueur sociale. Sans doute d’autres critiques ayant le recul de Laleau se seraient entendus sur la qualité testimoniale d’une œuvre sans laquelle on entendrait sans ménagement ce que fut l’Administration Publique de l’époque, celle des corrupteurs, des corrompus, des dépravés, et heureusement des intègres (juges du tribunal pénal, qui remplissent le rôle de rempart, abritant la société de l’immoralité), bien qu’en petit nombre, comme nous le montre Gédéon, qui occupent l’espace, toutes des figures de premier plan en grande partie de ce roman. A ce point, c’est à Laleau qu’on s’en remet pour nous brosser en quelques traits les particularités dignes d’être mentionnées des publications antérieures de l’auteur, y compris de celle objet de nos considérations dans cet article :
« Il n’est pas possible, - à moins de s’appeler Radiguet – de publier, à vingt ans, un roman de tout premier ordre. Et c’est d’expérience qu’écrit celui qui signe ce bout de préface. C’est que le romancier ne fait pas seulement œuvre de littérateur. Mais d’homme, surtout, et de créateur. Pour malaxer de la vie, il faut avoir soi-même vécu, et regardé pendant longtemps les autres vivre. Et l’on ne peut pétrir des cœurs à bon escient que si l’on a pu déchiffrer un sourire de femme ou un propos d’apparence banal.
Pourtant ces premiers romans, écrits dans la fièvre de l’âge où les rimes ont à nos yeux plus de prix que les cœurs, où la démarche en musique d’un beau poème émeut plus et mieux qu’une souffrance vraie, ces premiers romans, je les aime, au début d’une carrière. Ils ont la confiance frémissante de ces départs qui permettent de deviner, presqu’à coup sûr, ce que sera ce cent mètres qu’est la vie littéraire ».
Cependant, dans cette conception de l’œuvre littéraire comme art social, qui est très clair chez Gédéon, lorsqu’il fut patent que nos institutions ne fonctionnaient pas selon les normes, et la société selon les principes qui régissent toutes les sociétés humaines occidentales, son adresse comme écrivain consiste dans leur dénonciation, en même temps, à leur faire prendre ou donner la dimension transcendante de la réalité représentée grâce à son regard inquisiteur, regard qui s’universalise comme l’a noté Léon Laleau à travers la préface. Mais, surtout, les péroraisons de Gédéon se détachent, et pour cela sont d’une telle actualité, par sa volonté du style, l’élaboration du langage et les valeurs poétiques de sa prose de la manière que signale le préfacier. Outre les considérations générales autour de ce que suppose pour ce dernier la narrative de Gédéon, l’approximation quant à la durée concrète du cabinet ministériel comme celle faite par les amies de Madame Harrel ne manque pas d’être cocasse. « Cinq longs mois, c’est trop » !, martèlent-elles. C’est un exemple magistral de la façon dont le bon récit cache toujours une autre histoire distincte de celle qu’on lit.
Pour commencer, c’est une fiction qui rattrape la réalité sur le pouvoir, l’argent et les effets pervers que les deux peuvent arriver à exercer sur qui en subit le contrecoup, en prend la secousse jusqu’à pousser à faire de délirantes bêtises ou commettre des infractions, lesquelles ne sont pas toujours punies par où l’on a péché. Le protagoniste principal est une femme, jeune, très belle (aux seins menus, j’imagine), intelligente, cultivée et fortunée quoique au moment où elle fait vraiment son apparition à Paris (où son père lui paie des études en Sociologie, probablement), et au fur et à mesure de son évolution, on avait du mal à cerner les bons côtés de celle-ci.
Alberte naît à Jacmel ; l’ainée du troisième mariage d’Albert Graire (à la veuve d’un sénateur) et grandit aux côtés de celui-ci, resté combinard pour ses compagnons de cellule. Graire a exercé plusieurs petits métiers, un véritable « self-man-made », commis des délits tant contre la société que contre la morale, emprisonné pour la mort de ses trois femmes, puis évadé, et devient un peu plus tard, par endossement de la mère d’Alberte, commandant d’arrondissement, puis de l’institution militaire. Comme il veut que sa fille, alors âgée de huit ans, la seule qui a survécu à une fratrie de dix-huit, l’accompagne partout, il osa l’emmener en France où il allait acheter les moyens de défense pour l’Armée de son pays. Sur l’entrefaite, ainsi qu’il arrive souvent, le cabinet ministériel nouvellement installé tombe. Parce qu’il a les nouvelles autorités dans sa manche, Albert Graire s’était vu confier le poste le plus important dans le personnel diplomatique haïtien à Paris. Il y est il y reste ! Que dit le « placet » de l’Etat accréditeur à l’Etat récepteur sur la biographie de la personne qu’il se proposait de nommer, qui vient d’être nommé ? Ou bien cet ancien évadé de prison, aurait-il bénéficié d’un préjugé favorable qui veut que l’Etat récepteur n’a rien à opposer compte tenu que l’Etat accréditeur met le grand intérêt à sélectionner pour le poste en question une personne convenable ? La transition est rapide, même brutale. Déjà, sa fille Alberte commençait à avoir une impression étrange, qui la fit entrer au fur et à mesure dans un monde distinct, nouveau pour elle. La conscience que ce qu’elle commençait à avoir comme traitement, attention protocolaire et observation, en tant que fille de diplomate, elle ne l’avait pas les huit années auparavant en Haïti. Ce fut un moment où, si la vie diplomatique ne ment pas, cette fille commencerait à ne faire face le plus souvent qu’à des gens triés sur le volet, de petits hommes joufflus, à la démarche raide et mine enjouée, venant participer à tout bout de champ à des festivités mondaines ou à des petits déjeuners, arrosés de vins fins, sous couvert de réunions de travail, et dans cette atmosphère de limpidité et d’opacité, la jeune Alberte, comme une fleur en bouton, s’ouvre, s’épanouit et pouvait accéder à cette gaîté quasi quotidienne que les déboires n’avaient pas encore entamée. La représentation diplomatique accueillait régulièrement des centaines d’occasions de ce genre auxquelles donnaient lieu certaines éphémérides ou dates importantes du calendrier haïtien, le budget d’attentions protocolaires le permettant. Autant de rendez-vous au cours desquels ces diplomates étrangers avaient eu l’occasion de regarder discrètement, d’admirer celle qui sortait un peu plus rapidement que d’autres de l’adolescence et qui en un cillement était devenue une belle jeune fille, de caractère libre, voire libertaire (ce qui clairement était paternel). Mais la seule habitude qu’on lui connût était la fréquentation presqu’assidue d’un homme dont le chemin avec le sien commençait à ne plus se séparer en deux, et tout en étant deux, se croisent plutôt à angle droit. La noble prestance de cet homme qui a ce qu’il veut séduit la jeune femme, lui fit passer dans la chair un frémissement rapide. Il avait l’air éduqué et dont l’apparence fait écho à une vie accommodée, plutôt aisée. Luc Harrel ! Un nom plutôt francisé, mais on a tout lieu de croire qu’il est haïtien, même si sa conduite dans le récit nous en fait douter. On lui attribuait une préméditation qui ne lui était pas étrangère : l’élaboration illico d’un projet plus sérieux avec Alberte afin d’être unis sous un même toit, pour le meilleur et pour le calvaire. La seule façon d’expliquer la folie de ce geste d’affectivité, d’émotivité, était qu’Alberte Graire est très belle, intelligente et aguichante, explosant de charme. Seulement, elle est le genre, alors même qu’elle est aimée à la folie, qui aimait l’être raisonnablement, car elle ne cherche pas des prétextes pour se voiler à soi-même la seule raison qui la fait agir pratiquement. Elle semblait chercher une situation personnelle, et quelqu’un plus amant que mari ou les deux à la fois, à ce qu’il me semble, à ce qu’on verra par la suite. Donc, elle subjugua Luc dans l’instant même, non avec les seules intentions de ce dernier, puisque très tôt nous saurons que ce qu’elle prétend vraiment c’est de devenir la femme d’un homme d’Etat, idée dont la concrétisation (ô névrose narcissique !), passe par le décrochage d’un portefeuille ministériel pour son mari. Elle y travaille, une fois mariée. C’était cela son ambition. C’est ce qui manquait à sa situation dont elle n’était pas entièrement maitresse. Le grand défaut de Luc, comme dirait Patricia Carli, c’est de l’aimer. Et n’arrête pas de la toucher!
Revenue en Haïti, l’activité d’Alberte Graire, muée en Madame Luc Harrel, fut marquée par l’enthousiasme… et par un effort d’adaptation à la rue du Peuple, quartier alors huppé de Port-au-Prince, où ils s’établirent à leur hôtel après leur mariage. Très vite, avec une finesse d’ouïe que la transe avait aiguisée, elle note que ses amies, d’anciennes camarades, avaient déjà goûté la joie d’être respectivement femme d’hommes d’Etat. Plus qu’elles, Madame Harrel ne craignait pas d’avouer qu’elle ferait tout pour aller au-delà. Transcendance de n’importe quelle femme aguichante, quand on tente de la retenir dans les réseaux des passions humaines elle disparait entre nos désirs ardents, laissant simplement le parfum d’une indécente vertu, qui est la forme changeante et sinueuse de nos propres fantasmes. Pourtant, cette femme paraissait comblée pour rester dans les limites d’une vie matérielle, pratique, quotidienne et courante, ignorant peut-être que l’excès de la douleur, comme l’excès de la gloire, est une chose violente… qui dure peu. Elle prêtait un peu trop d’attention à ses amies, ces anciennes camarades, qui l’amusaient par leurs commérages, l’émoustillaient en se vantant de leurs exploits passés, comme ici : ‘’ (…) Tu comprends donc pourquoi je n’ai pas pu répondre plus tôt à tes lettres.
Quid dans la politique ?
Le calme semble être plat. Je lis avec une sorte d’avidité presque morbide les nouvelles politiques de Port-au-Prince, cette douce ville de synchronisme harmonieux et d’achievements. (…) Le synchronisme semble être des plus harmonieux entre exécutif et législatif, au plus grand détriment de la démocratie égalitaire. J’ai lu le compte rendu de la dernière réception chez le Ministre de l’Intérieur. Sur cinquante couverts, il y avait trente-cinq Parlementaires, une belle majorité ! Je fus très désappointée, désappointée en raison des chauffes que tu m’annonçais, désappointée surtout d’apprendre, qu’au champagne, le toast au Cabinet, fut porté, (…) par mon cousin germain, le député des Verrettes, lui (…) qui me doit et à toi aussi son élection !!! Mais je ne m’en fais pas, il marchera, dans ton sens, à l’œil. Je connais son point faible. Il a dû suivre le courant de l’entente sacrée. Puisse-t-il ne jamais s’en repentir ! En définitive ce Cabinet a trop duré. Comprends bien, ils ont déjà cinq longs mois. Et Luc, ton mari, mon brave Luc, n’est pas ministre ! En vérité je ne te reconnais plus, toi qui as tant de cordes à ton arc ! toi qui réalisas, - (…) l’impossible ! Il est temps que tu passes franchement à l’offensive. Il ne doit plus y avoir de ménagement. Je suis certaines que des cinq ministres il n’y a pas un seul qui sache bien baiser une femme. (…) Raison de plus pour toutes les femmes de se liguer en une action décisive contre ce cabinet… d’eunuques. Toi exceptée, car tu es encore assez prude pour ne pas chercher à jeter un cabinet pour des baisers, uniquement. Tu poursuis un but plus haut : l’arrivée de ton mari au ministère. (…), il y a à son égard une véritable injustice politico-sociale et pour toi aussi qui devrais pouvoir dire – comme certaine femme que tu dépasses, par l’esprit, la beauté, le rang, la descendance, la transcendance comme dirait le philosophe Kant : « mon mari le ministre des finances », [pp. 83-84].
Madame Harrel revient sur toutes les conversations engagées et les phrases des lettres échangées avec ses amies de près ou de loin, les aiguise, les affute, et n’hésita pas à faire flèche de tout bois, à prendre une décision énergique : celle d’employer les grands moyens pour ce à quoi elle tente de parvenir. Bal politique, sorties mondaines, diners et réceptions en leur résidence à la rue du Peuple, corruption, sujétion de la justice, initiatives engageant l’honneur de sa famille, y compris la sienne propre. Il ne fut jamais au monde deux agissements semblables. C’était le plus sûr moyen d’arriver à la matérialisation de son projet : devenir la femme d’un homme d’Etat !
Naturellement ces ressources ne sont pas les seules utilisées. Madame Harrel nageait dans la griserie de mettre sur orbite son projet, la multitude de personnalités influentes déjà soudoyées décidaient qu’il fallait (pour justifier les prébendes et mériter l’estime de cette dame) engager dans leurs sphères respectives des actions d’éclat tant et si bien qu’il n’était pas nécessaire d’espérer pour entreprendre.
Cependant, dans cette conception de l’œuvre littéraire comme art social, qui est très claire chez Max Gédéon, ancien élève du Docteur Price Mars au Lycée Pétion, son habileté de narrateur réside en ce qu’il fallait faire en sorte que la volonté d’évaluation prenne plus de force, en même temps que la dimension transcendante de la réalité représentée grâce à son regard inquisiteur, qui s’universalise à travers des archétypes mythiques, qui ne restaient pas au cerveau comme ici. « (…) C’est que depuis le vote du Sénat il y avait pour Madame Harrel un statu quo déprimant. Tout était au même et semblable état, comme devant. Les journaux finissaient par ne plus parler de crise et au désir de Madame Harrel ne chauffaient pas assez ! Exception faite toutefois du ‘’Détective’’ qui attisait plus que de raison ». Même le Détective ne publiait plus de compositions possibles de cabinet, ayant déjà donné à Luc Harrel tous les portefeuilles et ayant déjà épuisé, en nom, tous les hommes qui valaient, de près ou de loin, un portefeuille ». Ce statu quo, on le sent, n’était pas fait pour plaire à madame Harrel, combative par tempérament, voire lorsqu’elle avait en jeu l’idéal même de toute sa vie. Il fallut battre le fer immédiatement et faire en même temps flèche de tout bois. La lettre de Saint-Marc, vint juste à propos : « Je ne te reconnais plus, Alberte, disait la lettre, toi que j’ai vue si souvent à l’œuvre ».
L’on se croirait en présence de récits ou contes d’Edgar Allan Poe, s’agissant de récits dans lesquels, du moins en apparence, à peine rien n’est arrivé. En ce sens, signale aussi l’influence que subissait toute une génération d’auteurs haïtiens du début du XXe siècle buvant à la source française, l’œuvre de Poe ayant été révélée dans ce pays par les traductions de Baudelaire. Le témoignage n’est pas du tout banal puisque les intellectuels haïtiens de l’époque disposaient aussi d’autres moyens par lesquels ils se formaient, ce qui ne pouvait manquer de rejaillir sur la promotion des contes (littéraires), qui jusqu’à une période lointaine avaient occupé une position subsidiaire par rapport au roman. Combien en ont écrit des contes chez nous ? Mwen bwè pwa.
Dans ce contexte aussi, l’apport de Max Gédéon à l’histoire du conte haïtien peut se calibrer à partir de perspectives distinctes comme il le fait à travers ce roman. En attendant que des maisons d’édition de la place s’occupent d’analyser les aspects de l’œuvre du narrateur haïtien, nous parcourons le roman Le Portefeuille, duquel se détachent l’expressionisme, le réalisme social du personnage central (la richissime femme d’un entrepreneur très côté, ayant des prises de participation dans nombre d’entreprises du pays, y compris la HASCO), traits présents dans cette phase de l’écriture de Gédéon.
Mais, l’intérêt de Madame Harrel dans cette offensive tous azimuts n’était pas pour Luc, sinon pour elle-même. Car vivre sans les honneurs peut signifier quelque chose qui ne sied pas avec son caractère excentrique et s’il en est ainsi c’est qu’il y a un message dans cette fiction qui rattrape la réalité de Gédéon. Les paroles à mi-chemin du narrateur nous permettent de le conjecturer :
La veille, Mme Harrel fit le pèlerinage du morne Marinette et le lendemain organisa cette réunion de la quatrième Avenue de Bolosse :
Deux autos conduisirent à onze heures du soir neuf hommes ou du moins huit, le neuvième personnage étant Madame Harrel elle-même déguisée en cavalier…
Qu’avait-il été décidé, arrêté, combiné ? On ne le sait ! (…) toujours est-il que Madame Harrel eut un grand merci pour chacun de ses amis… Le lendemain, dès huit heures, il y eut, de temps en temps, des conciliabules, des chuchotements entre les divers employés de la Banque Nationale, affectés au service des dépôts. Huit heures cinq. Payez à l’ordre de X la somme de douze cents dollars. Signé : Madame Harrel ; Huit heures quinze. Neuf cents dollars. Huit heures quarante-cinq. Mille dollars. Huit heures et demie. Cinq cents dollars. La direction de la banque, dans la crainte d’une escroquerie ou de plusieurs faux, avisa la police, téléphona à Madame Harrel qui se trouvait absente et dans le doute fit étudier à la loupe les signatures des chèques qui ne révélèrent aucun indice de faux ». (…) La séance s’annonça donc comme une mer houleuse… Un auditoire soudoyé par l’or de Madame Harrel répandu à profusion. La grande dame avait, du moins, abouti à ce résultat appréciable de créer une occupation, même pour quelques heures, aux milliers de chômeurs qui peuplent les rues »,[pp.124-125, 126].Dès cet instant, la fiction de Max Gédéon, qui paraissait, qu’il allait avoir l’air d’un conte réaliste, se transforme en un récit fabuleux où l’on ne sait pas trop bien si cela est arrivé ou s’il s’agit d’un délire de Madame Luc Harrel, sombrant sans doute dans la fermentation de la mélasse de la HASCO, et ce qui tourne dans les yeux du lecteur n’est rien d’autre qu’une spirale de vices et narcissisme qui paraît n’avoir pas de fin. Mais ce n’était pas que ça.
A suivre
