Dans un contexte national souvent marqué par les crises et les incertitudes, la culture demeure l’un des rares espaces où la parole, la mémoire et l’imaginaire continuent de se rencontrer. En Haïti, la littérature a toujours joué un rôle central dans la compréhension du réel, dans la critique sociale et dans la construction de l’identité collective. C’est dans cet esprit que l’institution culturelle ASALPAP poursuit son initiative « Vivre en prose et en poésie », une activité littéraire et artistique qui rassemble écrivains, artistes et passionnés de littérature autour de la parole poétique.
Pour cette nouvelle édition, les organisateurs ont choisi de rendre hommage à l’un des plus grands noms de la littérature haïtienne, René Depestre, à l’occasion du centenaire de sa naissance. Cet hommage se veut à la fois une reconnaissance de l’immense contribution de l’écrivain à la littérature haïtienne et une invitation à revisiter son œuvre à la lumière des réalités contemporaines.
Selon John Wisky Louirard, directeur artistique de l’ASALPAP, l’objectif de cette initiative est de créer un espace où la littérature devient un lieu de rencontre et de partage. « La vision principale de Vivre en prose et en poésie est de donner un espace aux passionnés de littérature pour vivre leurs folies créatrices, faire des rencontres et partager leurs imaginaires », explique-t-il.
Depuis sa création, l’événement se veut une plateforme ouverte aux amoureux de la parole écrite et orale. Dans un pays où les espaces culturels sont parfois limités, cette initiative offre aux artistes et aux écrivains un lieu pour présenter leurs œuvres, échanger avec le public et nourrir une dynamique artistique collective.
Au-delà de sa dimension artistique, « Vivre en prose et en poésie » possède également une portée sociale. Pour ses organisateurs, créer des espaces consacrés à la prose et à la poésie revient à offrir un refuge aux artistes dans un contexte souvent difficile. La littérature devient alors une forme de résistance symbolique, capable de transformer les inquiétudes du présent en réflexion et en création.
Après plusieurs éditions, l’initiative s’est progressivement imposée comme un espace important de rencontre littéraire. Pour John Wisky Louirard, l’une des principales leçons tirées de cette expérience est que l’art possède une force capable de dépasser les situations les plus complexes. « L’art, dans sa dimension expressive, dépasse la peur et permet de rallumer le talent qui habite chacun de nous », affirme-t-il.
René Depestre, une figure majeure de la littérature haïtienne
Le choix de rendre hommage à René Depestre s’inscrit dans une volonté de rappeler l’importance de son œuvre dans le patrimoine littéraire haïtien. Né en 1926 à Jacmel, Depestre est considéré comme l’une des grandes figures de la littérature caribéenne. Poète, romancier et essayiste, il a construit une œuvre profondément marquée par l’histoire d’Haïti, les luttes politiques et les imaginaires du monde caribéen. Son écriture se distingue par une richesse stylistique qui mêle poésie, sensualité, critique sociale et dimension mythique.
Pour les organisateurs de l’événement, Depestre incarne le modèle d’un écrivain engagé, capable de prendre position à travers son art et de traduire les tensions de son époque dans une œuvre littéraire puissante.Ses textes continuent aujourd’hui d’inspirer de nombreux lecteurs et écrivains. Ils invitent les jeunes générations à considérer la littérature comme un espace de liberté et d’expression.
Le « réel merveilleux » dans l’œuvre de Depestre
L’un des aspects que les organisateurs souhaitent particulièrement mettre en lumière durant cet hommage est la dimension du réel merveilleux présente dans l’œuvre de Depestre. Cette approche littéraire consiste à mêler la réalité quotidienne à une dimension poétique et mythique. Chez Depestre, la réalité sociale se transforme sous l’effet de l’imagination et du symbole, créant une écriture où la critique politique se mêle à la puissance de la poésie.Cette esthétique se manifeste notamment dans le roman «Le Mât de cocagne», qui fera l’objet d’une causerie durant l’événement. Dans cette œuvre, Depestre utilise l’humour, la satire et le symbolisme pour raconter une histoire profondément ancrée dans la réalité haïtienne. Le roman devient ainsi une métaphore des tensions sociales et politiques du pays.
Un programme riche en activités littéraires
La nouvelle édition de « Vivre en prose et en poésie » proposera plusieurs activités destinées à célébrer l’œuvre de René Depestre et à valoriser la littérature haïtienne contemporaine.
Le programme comprendra notamment :
Une causerie littéraire autour du roman Le Mât de cocagne ;
Une lecture spéciale en hommage à René Depestre ;
Des performances artistiques réunissant des artistes reconnus du milieu culturel haïtien ;
Un spectacle intitulé « Comédie poétique » inspiré de l’univers de l’écrivain ;
Des prestations d’artistes émergents ; et un moment convivial de rencontre entre artistes et participants.
Ces activités visent à créer un espace où la littérature se vit collectivement, entre réflexion intellectuelle et expression artistique.
Encourager une nouvelle génération de lecteurs et d’écrivains
L’un des objectifs majeurs de l’initiative est également d’encourager les jeunes à s’intéresser davantage à la littérature. À travers les rencontres, les lectures et les performances, les organisateurs souhaitent montrer que la poésie et la prose peuvent être des formes d’expression vivantes et accessibles. Pour John Wisky Louirard, la littérature peut jouer un rôle important dans la formation des nouvelles générations. Elle permet non seulement de développer l’imaginaire, mais aussi de nourrir la pensée critique et la sensibilité artistique.
Vers un rendez-vous littéraire majeur
À long terme, les organisateurs espèrent faire de « Vivre en prose et en poésie » un événement littéraire majeur dans le paysage culturel haïtien. L’ambition est de voir cette initiative s’inscrire durablement dans l’imaginaire collectif et devenir un rendez-vous incontournable pour les amateurs de littérature.
Dans un pays où la culture demeure l’un des espaces les plus puissants de résistance et de création, la poésie et la prose continuent de jouer un rôle essentiel. En rendant hommage à René Depestre, « Vivre en prose et en poésie » rappelle que la littérature reste l’un des moyens les plus précieux de préserver la mémoire, la sensibilité et l’espoir d’un peuple.
John Peter Stinvil
