Le jeudi 30 avril 2026, de dix heures du matin à trois heures de l’après-midi, le professeur d’université Yves Roblin conviera lecteurs, curieux et esprits exigeants à l’hôtel El Rancho, Pétion-Ville, pour une vente-signature autour de son nouvel ouvrage : Un XXe siècle riche en événements et en interventions : le cas d’Haïti. Plus qu’une cérémonie éditoriale, l’événement s’annonce comme une halte intellectuelle, un rendez-vous avec la mémoire des nations et les blessures du temps. La présence du professeur Mozart Clerisson, invité d’honneur, en rehausse encore la portée symbolique.
Car ce livre n’est pas de ceux que l’on feuillette distraitement. Il interpelle, il secoue, il oblige à penser. Yves Roblin n’y raconte pas simplement le XXe siècle mais il en ausculte les entrailles, il en expose les fièvres, il en révèle les contradictions les plus profondes. Ce siècle surgit sous sa plume comme une époque prodigieuse et tragique, où les promesses du progrès voisinent sans cesse avec les gouffres de la barbarie. Deux guerres mondiales y dressent leurs charniers, la Guerre froide y prolonge l’angoisse planétaire, tandis que la crise des années trente rappelle combien l’économie peut devenir l’antichambre du chaos.
Mais l’intérêt majeur de l’ouvrage réside ailleurs : dans cette manière rare d’articuler le tumulte universel et la destinée ayitienne. Haïti n’y est ni marge ni note de bas de page. Elle apparaît comme un territoire directement travaillé par les secousses du monde, soumis aux appétits hégémoniques des puissances et aux interprétations souvent sélectives du droit international. L’occupation américaine de 1915 à 1934 y est relue non comme un accident diplomatique, mais comme une césure historique où la souveraineté d’un peuple fut suspendue au nom de l’ordre, de la stabilité et d’intérêts supérieurs définis ailleurs.
Et c’est ici que le livre touche à l’essentiel : la question du droit entre les nations. Que vaut le principe d’égalité souveraine lorsque les faibles subissent ce que les puissants présentent comme nécessité ? Que reste-t-il du droit international lorsque celui-ci se fait parfois langue de justification plutôt que rempart contre l’arbitraire ? Le XXe siècle, tel que le montre Yves Roblin, fut aussi le siècle de cette tension permanente entre la norme proclamée et la force exercée, entre les chartes magnifiées et les interventions imposées.
L’auteur structure sa réflexion autour de trois grandes interrogations. D’abord, celle des rivalités économiques : l’émergence des États-Unis et du Japon aux côtés des puissances européennes transforme l’échiquier mondial. Les marchés deviennent des champs de bataille invisibles ; les territoires, des enjeux stratégiques ; les peuples, trop souvent, des variables d’ajustement.
Alors vient la question des idéologies. Fascisme, stalinisme, franquisme : autant de systèmes ayant absolutisé l’État jusqu’à l’écrasement de l’homme. Le siècle découvre alors que les doctrines, lorsqu’elles se ferment à la liberté, peuvent devenir des machines à broyer les consciences et à militariser la société.
Se pose la question coloniale et postcoloniale, peut-être la plus actuelle. Si les empires formels se sont défaits, les mécanismes de dépendance, eux, ont souvent survécu sous d’autres formes : financières, diplomatiques, sécuritaires, narratives. Le drapeau se retire parfois là où l’influence demeure.
Cette vente-signature à El Rancho ne sera donc pas seulement une rencontre avec un auteur. Elle pourra être, pour qui s’y rendra, une confrontation avec les vérités difficiles de l’histoire : celles qui rappellent que la liberté d’un peuple n’est jamais définitivement acquise, que la souveraineté n’est pas un mot décoratif, et que le droit international ne vaut que s’il protège également les grandes puissances et les petites nations.
À travers ce livre, Yves Roblin invite Haïti à relire le siècle passé pour mieux comprendre le présent — et peut-être pour mieux refuser certaines répétitions de l’histoire.
