Bonneuil-sur-Marne n’était pas simplement, ce week-end, une ville de la banlieue parisienne. Elle avait pris les couleurs d’Haïti, et plus particulièrement celles de Jacmel, dans la lumière d’un de ses fils les plus illustres : Jean Métellus, écrivain, poète, dramaturge et romancier.
Natif de Jacmel, Jean Métellus a laissé à Bonneuil-sur-Marne bien plus qu’un nom sur une plaque. Il y a inscrit une empreinte profonde, tissée de mémoire, de littérature et de fidélité à ses racines. Par son œuvre, deux mondes se sont rapprochés : Haïti et la France, Jacmel et Bonneuil, l’exil et la terre natale.
Jean Métellus n’écrivait pas seulement sur Jacmel : il portait Jacmel en lui.
Ses livres ne sont pas de simples récits. Ce sont des territoires vivants, des cartographies de l’âme où la ville devient mémoire, souffle et paysage intérieur. Sa plume, nourrie des rues pavées, des façades colorées, de la mer et des montagnes de son enfance, demeurait tournée vers ce Sud d’Haïti qu’il n’a jamais cessé d’habiter par les mots.
Les festivités se sont ouvertes le vendredi soir par la projection du documentaire La rançon de l’indépendance, présenté par Olivier Métellus. Organisée par l’Association des amis de Jean Métellus, cette soirée a donné lieu à un échange dense et profondément émouvant.
Parler de la rançon de l’indépendance, c’est rouvrir une page douloureuse de l’histoire haïtienne et franco-haïtienne. C’est rappeler une blessure ancienne, encore vive dans les mémoires. La soirée a eu le mérite de l’aborder avec gravité, lucidité et courage, sans détour ni complaisance.
Au Centre d’art Jean-Pierre Jouffroy, la poésie contre les discriminations
Le samedi après-midi, Bonneuil-sur-Marne a pleinement revêtu ses couleurs haïtiennes au Centre d’art Jean-Pierre Jouffroy, à l’occasion de la quatrième édition du concours de poésie Jean Métellus.
Organisé en partenariat avec l’Association des amis de Jean Métellus, ce concours a pris cette année une ampleur particulière autour d’un thème fort : la poésie contre les discriminations. Un thème fidèle à l’esprit de Jean Métellus, qui fit de la parole poétique une arme contre l’injustice, l’oubli et toutes les formes d’exclusion.
Ouvert aux enfants de 6 à 12 ans, aux jeunes de 12 à 17 ans ainsi qu’aux adultes, le concours a récompensé un lauréat dans chaque catégorie. Lorsque les jeunes poètes sont montés sur scène pour lire leurs textes, la salle a retenu son souffle. Leurs voix, encore jeunes, portaient déjà cette conviction profonde : les mots peuvent éclairer, réparer et parfois même transformer le monde.
Le maire de Bonneuil-sur-Marne, Denis Oztorun, a honoré la cérémonie de sa présence. Son engagement aux côtés de cette jeunesse n’avait rien de purement protocolaire. Il rappelait que la littérature, la mémoire et la lutte contre les discriminations sont aussi des affaires de cité.
Entre Bonneuil-sur-Marne et Jacmel, il existe désormais bien plus qu’une sympathie institutionnelle. Il y a un lien vivant, culturel et humain, que Jean Métellus a contribué à tisser entre les deux rives.
Aujourd’hui, les fils de Jean Métellus, héritiers de cette flamme littéraire, ainsi que de nombreux passionnés poursuivent ce travail de mémoire et de rayonnement à travers l’Association des amis de Jean Métellus. Ils continuent de faire connaître une œuvre qui appartient à Jacmel, à Haïti, à la France, mais aussi à la littérature universelle.
Quand Jacmel traverse l’Atlantique
Le soir venu, l’atmosphère a changé de rythme sans perdre en intensité. Chez les Métellus, la chaleur humaine prolongeait naturellement l’esprit de la journée. On aurait dit que Jacmel avait traversé l’Atlantique pour s’installer, le temps d’une soirée, dans un salon de Bonneuil-sur-Marne.
Au cœur de cette rencontre, Maxime Dumont, conteur de talent, a illuminé l’assemblée par sa verve et sa présence. Chaque récit devenait une étincelle, chaque parole un moment de partage. Les rires, les souvenirs et les échanges donnaient à la soirée une tonalité à la fois intime et collective.
Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la tournée en France d’une délégation officielle de la mairie de Jacmel, venue renforcer les liens avec la diaspora haïtienne d’Île-de-France et avec les partenaires francophones de la ville.
Autour de la table se trouvaient notamment : Madame Lourdie César, maire de Jacmel, figure centrale de la délégation ; Hans Steve Lubin, chargé des relations publiques ; Évince Obel, administrateur de la mairie de Jacmel.
Ce soir-là, la convivialité n’était pas un simple décor. Elle était le cœur même de la rencontre. Entre les paroles du conteur, les projets évoqués et les liens qui se dessinaient, Bonneuil-sur-Marne et Jacmel semblaient unies par une même vision : celle de deux villes liées par la mémoire, la culture et l’avenir.
À travers cette relation portée par Denis Oztorun et Lourdie César, l’esprit de Jean Métellus semblait planer doucement au-dessus de la soirée. Comme si sa ville, sa langue et son peuple continuaient, par-delà les frontières, à écrire leur propre poème.
Jacmel demeure ainsi une ville-poème, une ville-roman, une ville qui continue de s’écrire.
Jacmel et la francophonie : vers de nouvelles coopérations
Toujours dans le cadre du renforcement des liens entre Jacmel et ses partenaires francophones, une réunion de travail s’est tenue à l’Ambassade. Elle a réuni plusieurs parties prenantes autour des perspectives de coopération et de développement.
Cette rencontre a permis d’aborder des domaines concrets de collaboration, mais aussi de mettre en lumière une avancée institutionnelle majeure pour la ville de Jacmel : son adhésion à l’Association internationale des maires francophones (AIMF).
Dans une communication, l’ambassadeur Louino Volcy a souligné l’importance de cette démarche. Selon lui, cette adhésion permettra à la ville de Jacmel de bénéficier de cofinancements pour des projets, de formations destinées aux élus et aux cadres municipaux, ainsi que d’une participation active à la vie institutionnelle de l’AIMF.
L’ambassadeur a également expliqué que la candidature des villes haïtiennes à l’AIMF s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large. Celle-ci vise à renforcer la présence d’Haïti au sein des instances de la Francophonie, tout en permettant aux collectivités territoriales haïtiennes de bénéficier d’opportunités concrètes de coopération, de développement et de rayonnement international.
Ainsi, de Bonneuil-sur-Marne à Jacmel, de la poésie à la diplomatie, de la mémoire aux projets d’avenir, ce week-end a rappelé combien l’héritage de Jean Métellus demeure vivant. Il continue de relier les êtres, les villes et les cultures — comme une passerelle tendue entre deux rives qui, grâce à lui, n’ont jamais cessé de dialoguer.
Maguet Delva
Paris, France
