Certaines chansons se contentent d'accompagner un moment. D'autres traversent les générations parce qu'elles portent en elles l'âme d'un peuple. « Nou Te Jwe San Lakay » est née de cette ambition : raconter une histoire plus grande qu'un simple événement sportif, une histoire faite de courage, de résilience, d'espérance et d'amour pour Haïti.
Lorsque j'ai commencé à écrire cette œuvre, mon intention n'était pas seulement de composer une chanson pour encourager les Grenadiers. Je voulais mettre en musique le parcours d'un peuple qui, malgré les épreuves, refuse de renoncer à ses rêves. Je voulais rendre hommage à tous ceux qui continuent de croire en Haïti lorsque les circonstances semblent leur donner mille raisons de perdre espoir.
L'année 2026 marque un moment historique pour notre nation. Cinquante-deux ans après la première participation d'Haïti à la Coupe du Monde de football en 1974, les Grenadiers reviennent sur la plus prestigieuse scène sportive de la planète. Derrière cette qualification, il y a certes des joueurs talentueux, des entraîneurs et des dirigeants, mais il y a aussi tout un peuple qui n'a jamais cessé d'espérer, même dans les périodes les plus difficiles de son histoire.
« Nou Te Jwe San Lakay » est une chanson qui parle de football, mais qui parle surtout de la condition haïtienne. Elle évoque ces enfants qui jouent pieds nus dans les rues de nos villes et de nos campagnes, ces jeunes qui portent des rêves immenses malgré le manque de moyens, ces familles qui continuent de se battre pour un avenir meilleur, ainsi que tous ces compatriotes vivant à l'étranger dont le cœur demeure profondément attaché à la terre natale.
À travers ses paroles, la chanson célèbre cette capacité extraordinaire du peuple haïtien à se relever après chaque épreuve. Elle rappelle que l'identité d'une nation ne se mesure pas à la grandeur de ses infrastructures ou à sa richesse matérielle, mais à la force morale de ses citoyens, à leur détermination et à leur capacité à continuer d'avancer lorsque le chemin devient difficile.
Comme auteur, compositeur, conférencier et enseignant haïtien, j'ai toujours considéré l'écriture et la musique comme des outils capables d'inspirer, de rassembler et de transmettre l'espérance. Avec cette œuvre, j'ai voulu mettre cette conviction au service de mon pays, de son histoire et de ses représentants sur le terrain.
Cependant, aucun projet de cette envergure ne peut voir le jour grâce aux efforts d'une seule personne. Je tiens donc à exprimer ma profonde reconnaissance envers deux personnes qui jouent à mes côtés un rôle fondamental dans l'aventure LAMBI : Réginald SILMÉRA et Mahanaïm GEORGES.
Depuis la naissance de ce collectif artistique, ils ont accepté d'en porter la vision avec fidélité, courage et persévérance. Leur engagement dépasse largement le cadre d'une simple collaboration. Ils font partie de ceux qui consentent des sacrifices souvent invisibles afin qu'un projet puisse avancer, grandir et atteindre son objectif. Sans leur dévouement, leur confiance et leur travail constant, plusieurs initiatives de LAMBI n'auraient jamais pu devenir réalité.
Le choix du nom LAMBI n'est d'ailleurs pas anodin. Dans l'histoire haïtienne, le lambi a toujours été un instrument d'appel, de rassemblement et d'unité. Son son traversait les distances pour mobiliser les communautés autour d'une cause commune. Aujourd'hui encore, cette symbolique demeure au cœur de notre mission : produire des œuvres musicales capables de rassembler les Haïtiens d'ici et d'ailleurs autour de leur culture, de leur identité, de leur foi en l'avenir et de leur amour pour la nation.
Cette vision n'aurait toutefois pas trouvé sa pleine expression sans le talent exceptionnel des interprètes qui ont donné vie à la chanson. Je tiens à saluer chaleureusement Sam ULYSSE, Loubency SALOMON, Floïse Pierre ADAM et Yvens JEANTEAU, tous étudiants du Séminaire de Théologie Évangélique de Port-au-Prince (STEP).
Leur contribution dépasse largement l'exécution vocale d'un texte. Ils ont su transmettre l'émotion, la sincérité et la profondeur du message avec une authenticité remarquable. Chacun d'eux a apporté sa sensibilité, son énergie et sa personnalité artistique, permettant à la chanson de toucher le cœur de ceux qui l'écoutent.
Je souhaite également rendre hommage à Monsieur Northony RACINE, chorégraphe du projet et professeur de danse à l'Institution du Sacré-Cœur ainsi que dans plusieurs autres établissements scolaires. Son travail a permis de transformer les émotions de la musique en langage corporel, donnant une dimension visuelle forte au message porté par l'œuvre.
Les danseurs Jephté BIJOUX, Néhémie CADET, Mitchelie PIERRE, Ruth Daëlle JOSEPH et Djeydy SIMÉUS ont accompli un travail admirable. Grâce à leur engagement, leur discipline et leur talent, chaque mouvement contribue à raconter l'histoire de cette chanson et à renforcer sa portée émotionnelle.
Dans cette même dynamique artistique, il est essentiel de saluer le travail remarquable de nos vidéastes, dont la sensibilité et le regard ont permis de capturer l’âme de ce projet. Je rends un hommage particulier à Anthony Rodney Saintilma, dont le travail a été d’une qualité irréprochable. Il a su, avec cœur, rigueur et passion, transformer chaque scène en image vivante, en respectant profondément l’émotion et l’intention de l’œuvre. Son implication dépasse le simple cadre technique : elle traduit un véritable engagement artistique au service du message.
Parmi toutes les personnes qui ont participé à cette aventure, il en est une dont le rôle mérite une attention particulière : Joseph DORSAINVIL, producteur, ingénieur de mixage et de mastering au sein de JOWAY RECORDZ.
On parle souvent des studios d'enregistrement comme de simples espaces techniques équipés de microphones, d'ordinateurs et de consoles de mixage. Pourtant, le studio de Joseph DORSAINVIL ressemble davantage à une véritable salle d'opération. La différence est qu'ici, le patient n'est pas une personne, mais une œuvre musicale, et l'organe à soigner est la voix.
Dès notre arrivée, Joseph nous a accueillis avec une chaleur humaine, un respect et une générosité qui témoignent de sa grandeur professionnelle. Très rapidement, nous avons compris que nous n'avions pas affaire à un simple technicien du son, mais à un véritable artisan de la musique.
Sa manière de travailler impressionne autant par sa rigueur que par sa passion. Chaque détail compte. Chaque nuance vocale est analysée avec précision. Chaque fréquence est ajustée avec minutie. Chaque respiration, chaque intention et chaque émotion sont prises en considération afin d'obtenir le meilleur résultat possible. Avec Joseph Dorsainvil, le mixage devient un véritable travail chirurgical où rien n'est laissé au hasard.
Mais au-delà de son expertise technique remarquable, ce qui frappe le plus est son degré d'implication. Il travaille avec une intensité rare, comme si chaque projet était le sien. Il s'investit totalement dans la réussite de l'œuvre, cherchant constamment à comprendre la vision du compositeur afin de la servir avec excellence. Cette capacité à conjuguer compétence, passion et générosité fait de lui l'un des professionnels les plus talentueux de son domaine.
Dans un contexte où les bonnes nouvelles sont parfois trop rares, il est important de reconnaître ceux qui contribuent discrètement à l'excellence de la production artistique haïtienne. Joseph Dorsainvil fait incontestablement partie de ces bâtisseurs dont le travail mérite d'être salué et valorisé.
Au final, « Nou Te Jwe San Lakay » est bien plus qu'une chanson dédiée à une compétition sportive. C'est une déclaration d'amour à Haïti, à son peuple, à sa culture et à sa capacité de résilience. C'est aussi un hommage aux Grenadiers qui porteront nos couleurs sur la scène mondiale et à tous ceux qui continuent de croire que notre pays possède encore d'immenses raisons d'espérer.
À travers cette œuvre, nous voulons rappeler que l'histoire d'Haïti ne se résume pas aux difficultés qu'elle traverse. Elle est également faite de courage, de créativité, de solidarité, de talent et de rêves qui refusent de mourir.
Si cette chanson parvient à raviver la fierté d'un Haïtien vivant à l'étranger, à inspirer un enfant qui poursuit son rêve malgré les obstacles ou simplement à rappeler à quelqu'un la beauté de notre identité collective, alors elle aura pleinement accompli sa mission.
Car au fond, « Nou Te Jwe San Lakay » n'est pas seulement l'histoire d'une équipe nationale qui s'apprête à représenter son pays à la Coupe du Monde. C'est l'histoire d'un peuple qui, malgré les tempêtes, continue d'avancer, de chanter, d'espérer et de croire en demain.
???? Clip officiel :
Ralf Dieudonné Jn Mary dit Lysius Félicité Salomon Jeune
Auteur et compositeur de « Nou Te Jwe San Lakay »
Membre Fondateur de LAMBI
