Qu’ils ôtent de nos maillots l’image de Vertières,
Ils n’arracheront jamais nos mémoires guerrières.
Car nul décret venu des puissants de ce monde
Ne peut noyer l’écho de notre histoire profonde.
Vertières est un feu que le temps ne peut éteindre,
Un sommet de courage que nul ne peut atteindre.
Là tombèrent les fers, là naquit la victoire,
Là s’écrivit en sang l’immortelle mémoire.
Qu’importe si demain disparaît ce symbole,
Notre âme le conserve et jamais ne s’isole.
Car ce n’est point un signe imprimé sur un drap,
C’est un serment sacré que l’histoire grava.
Nous sommes les enfants des héros de Vertières,
Des géants qui brisèrent les chaînes meurtrières.
Face aux armées d’un monde épris de domination,
Ils fondèrent debout la première nation noire libre de l’histoire.
Non, ce n’est pas politique, et qu’on cesse d’y croire,
C’est le souffle vivant de notre propre histoire.
C’est la fierté d’un peuple indomptable et vaillant,
Qui préfère mourir plutôt que vivre à genoux, tremblant.
Nous sommes ce pays que l’univers contemple,
Premier peuple noir libre à bâtir son temple.
Nous avons démontré, devant les nations,
Que la liberté vaut plus que mille empires et leurs canons.
Et quand Haïti foulera le terrain de la Coupe du Monde pour sa deuxième participation,
Ce sera bien plus qu’un simple match aux yeux des nations.
Car pour nous, chaque passe, chaque course, chaque combat,
Portera le poids sacré de ceux qui furent là.
Nous ne jouerons pas seulement pour une victoire sportive,
Mais pour une mémoire éternelle, puissante et vive.
Nous défendrons vaillamment, sous les regards des nations,
La dignité d’un peuple forgé dans les révolutions.
Nous sommes les héritiers d’un peuple opprimé,
Qui transforma sa souffrance en volonté d’exister.
Un peuple qui, depuis mille combats et mille douleurs,
N’a jamais renoncé à défendre son honneur.
Haïti dérange depuis l’aube de son indépendance.
Depuis mil huit cent quatre, notre simple existence
Rappelle aux oppresseurs et aux maîtres d’hier
Que les chaînes peuvent rompre et les empires tomber.
On ne nous l’a jamais pardonné, nous le savons.
Les siècles nous l’enseignent, et nous le comprenons.
Mais loin de nous courber sous le poids des sanctions,
Nous portons cette histoire avec détermination.
Quel qu’ait été le prix, quel qu’il soit aujourd’hui,
Nous assumons ce destin avec courage et sans bruit.
Car les peuples qui tombent sont ceux qui oublient leur passé,
Et nous avons choisi de toujours nous en inspirer.
On peut cacher l’image, effacer la peinture,
Mais jamais étouffer l’éclat d’une aventure.
Car Vertières n’est pas un dessin ni un décor,
C’est un peuple debout qui refuse la mort.
Nous ne nous rendrons pas. Notre histoire est vivante.
Elle coule en nos veines, ardente et triomphante.
Et tant qu’un cœur haïtien battra sous le soleil,
Vertières brillera comme un phare sans pareil.
Qu’ils l’effacent des tissus, des écussons, des stades,
Elle marchera toujours avec nos Grenadiers.
Car un peuple rebelle, fier de son héritage,
Ne renonce jamais à la grandeur de son passage.
Haïti n’est pas née d’un privilège ou d’un trône,
Mais du courage immense de ceux qui firent tomber les couronnes.
Et tant que flottera notre bicolore dans les vents,
La liberté parlera au nom de nos enfants.
Grenadiers, à l’assaut !
Que résonne ce cri des mornes jusqu’aux mers,
Comme l’écho vivant des héros de Vertières.
Car l’histoire n’oublie jamais ceux qui ont osé :
Vivre libres, debout, et ne jamais se renier.
Justin Viard
