L’OEA a désormais un plan pour Haïti. Il s’agit d’un projet qui s’étalerait sur au moins trois ans et qui intégrerait des dimensions stratégiques telles que la sécurité, l’aide humanitaire, les élections et le développement économique. Un plan ambitieux, certes, mais qui semble cruellement manquer de moyens : un peu moins de trois milliards pour espérer rendre possible le « miracle haïtien ».
Quoi qu’il en soit, les Haïtiens devront rester les maîtres d’œuvre de tout projet de réhabilitation de cet espace national en détresse. Les organisations internationales n’ont pas bonne presse chez nous. L’aide externe s’est toujours fracassée sur le mur de l’incompréhension des réalités haïtiennes, quand ce n’est pas sur « l’indigence créative » des nationaux. Le binôme formé par l’irresponsabilité des élites et la condescendance internationale a enfanté l’un des plus grands désastres humanitaires de la planète.
Laboratoire du sous-développement, shit hole, pays le plus pauvre des Amériques : les qualificatifs ne manquent pas pour décrire le mal-être haïtien. Un intellectuel, dans un élan de lyrisme, n’avait-il pas déclaré in petto : « Si le monde est une vallée de larmes, Haïti en est le coin le plus arrosé » ?
Toutefois, le moment n’est pas aux complaintes. Il est trop tard pour les regrets. Nous appelons à un temps nouveau, afin que surgissent enfin des « fleurs nouvelles qui viendront régénérer notre terre lavée comme une grève », pour reprendre les mots du poète Charles Baudelaire.
Il n’est donc, pour parodier un poète disparu, « plus le temps de se parler par signes ». L’heure est venue pour l’explosion de l’intelligence collective, pour des offres politiques novatrices. Le temps est arrivé de mettre fin aux impostures et de tirer ce grand peuple de son indignité, au-delà des slogans creux et des mandarinats prétentieux.
Le retour d’un certain « intérêt international » vaut mieux que l’indifférence crasse face à la soi-disant « fatigue d’Haïti ». Mais la vraie question réside dans notre capacité renouvelée à vaincre cette impuissance qui nous empêche de maîtriser un destin qui nous échappe, et à mettre un terme à nos interminables parties de poker menteur.
Roody Edmé
