Les politiciens haïtiens ont trouvé la formule qui satisfait à tous les appétits et qui permet aussi à la nullité de faire son lit. La transition permanente ! Elle permet d’éviter les élections qui permettent à une seule équipe d’arriver au pouvoir tout en bénéficiant d’une légitimité qui lui permet de gouverner du moins théoriquement avec des femmes et des hommes valables qu’elle aurait choisis. Peu de candidats peuvent prétendre avoir un électorat. La plupart sont réduits à leur environnement familial, à un cercle d’amis complaisants et au peu de votes qu’on peut avoir en distribuant des billets de mille gourdes et en donnant à danser avec kleren et tafya. Mais ces politiciens ne disposant d’aucune audience ne se trompent pas sur leur capacité électorale. Ils ont un parti en espérant bénéficier d’un financement du Blanc qui ne s’embarrasse pas trop de scrupules dès qu’il s’agit de donner une image à la « démocratie ».
L’avantage de la transition, c’est que ce n’est plus nécessaire de prétendre disposer même d’un infime pourcentage de l’électorat. C’est le seul moment politique où l’union prônée dans notre hymne national prend un sens. Car l’intérêt est de garder une unité autour de la table. L’unité est telle que les manifestations anti-gouvernementales si courantes chez nous sont devenues rares et personne ne proteste quand la police gaze des étudiants qui protestent parce que des bandits ont enlevé… un inspecteur de la police nationale.
La chose devient plus inquiétante quand on a l’impression que cette transition s’habitue à la présence des gangs. À moins qu’on ne pactise en secret avec eux. Les exactions des bandits, versant même dans le cannibalisme, une honte pour la nation, ne suscitent aucune réaction des groupes au pouvoir et même de ceux qui prétendent vouloir se présenter aux élections. Chacun campe sur ses positions de ripailles. Le pays est comme découpé en secteurs d’influence où gangs à sapat et gangs à cravate compte des centaines de millions de gourdes chaque semaine sur le dos d’une population à bout de souffle. Et ce qui fait des heureux dans la transition, c’est qu’il n’y a pas de reddition de compte.
Nous l’avons écrit plusieurs fois. Il sera difficile d’en finir avec la transition et de revenir à l’ordre républicain. Mais la délinquance, de toute manière, ne peut être éternelle.
Gary Victor
