Une foule impressionnante de jeunes Haïtiens s'est massée, les 8 et 9 juin, devant la base militaire de Clercine, à Port-au-Prince, dans le cadre de la campagne nationale de recrutement lancée par les Forces Armées d'Haïti (FAD'H). Face à cette affluence inattendue, le Haut-Commandement a annoncé la prolongation des opérations de recrutement jusqu'au 19 juin.
Venus de plusieurs départements du pays, des centaines de candidats ont bravé les difficultés liées au transport et à l'insécurité pour tenter d'intégrer l'institution militaire. Cette mobilisation soulève une question fondamentale : cet intérêt croissant pour les FAD'H traduit-il une réelle volonté de servir la nation ou constitue-t-il avant tout une réponse au chômage massif qui frappe la jeunesse haïtienne ?
Selon une note des FAD'H, la campagne de recrutement, initialement prévue du 8 au 12 juin dans les dix départements géographiques du pays, vise à intégrer de nouvelles recrues ainsi que des cadres techniques issus de domaines spécialisés tels que le génie civil, l'architecture, l'agronomie, la médecine et le droit. Pour le département de l'Ouest, les inscriptions se déroulent notamment à la base de Clercine et à la base Anacaona de Léogâne.
Le Haut-Commandement a précisé que les candidats seront désormais reçus selon un calendrier établi en fonction de la première lettre de leur nom de famille, afin de mieux gérer le flux important de postulants.
Pour de nombreux jeunes, rejoindre les FAD'H représente une opportunité d'accéder à une formation, à une stabilité professionnelle et à une certaine ascension sociale dans un contexte économique particulièrement difficile. D'autres y voient un engagement citoyen et patriotique, dans un pays confronté à une crise sécuritaire sans précédent.
Cette campagne de recrutement intervient alors que les FAD'H multiplient les initiatives visant à renforcer leurs capacités opérationnelles. Le lundi 8 juin, le Haut-Commandement a reçu au Grand Quartier Général le commandant de la Force de Répression des Gangs (FRG), le major général Erdenebat Batsuuri. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération interinstitutionnelle dans la lutte contre les groupes armés et sur l'amélioration de la coordination des opérations sur le terrain.
Parallèlement, les autorités militaires cherchent à promouvoir une image d'intégrité et de professionnalisme au sein de l'institution. Récemment, deux militaires ont été renvoyés avec déshonneur des rangs des FAD'H pour des actes jugés contraires à l'éthique militaire. L'armée a réaffirmé sa volonté de faire respecter les normes les plus strictes de discipline et de conduite.
Toutefois, le contexte sécuritaire demeure préoccupant. Le lundi 8 juin, Woodley Décine, surnommé « Zazou », a été tué à Cabaret alors qu'il se rendait, selon plusieurs sources, à Port-au-Prince pour participer au recrutement des FAD'H. Des hommes armés l'auraient intercepté, forcé à descendre d'un véhicule de transport en commun avant de l'exécuter. Son corps aurait ensuite été incendié. Les assaillants l'auraient accusé d'être lié à des groupes d'autodéfense opposés à la coalition armée « Viv Ansanm » dans la région d'Arcahaie.
Malgré ces risques, les longues files observées à Clercine témoignent de l'espoir que nourrit une partie de la jeunesse haïtienne. Entre quête d'emploi, aspiration à la discipline militaire et désir de contribuer à la reconstruction du pays, les motivations semblent multiples.
Vladimir Predvil
