Depuis le départ du Conseil présidentiel de transition (CPT), le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est devenu l’unique chef d’orchestre du gouvernement. Chargé d’organiser des élections dans un climat sécuritaire afin de doter le pays d’un exécutif bicéphale, il a désormais dépassé les 120 jours de mandat. Or, selon ses détracteurs, il se trouve en dehors de ses responsabilités politiques envers la nation. Le pays s’enlise dans une crise profonde, la situation sécuritaire se dégrade, tandis que le chef du gouvernement se limite à signer des contrats jugés contraires à l’intérêt de la population.
Plusieurs signataires et non-signataires du Pacte national pour l’organisation des élections critiquent son leadership. À leurs yeux, après plus de 120 jours passés à la tête du pays, après le départ des membres du conseil présidentiel de transition (CPT), eux aussi, qui ont été échoué dans leur mission, le locataire de la Primature demeure « seul maître et seigneur » du gouvernement. Alors que le calendrier électoral prévoyait un premier tour présidentiel pour la fin de l’année 2026, aucune volonté réelle ne se manifeste pour organiser le scrutin.
Le sociologue Delson Cius, signataire de l’Accord de Montana, a vivement dénoncé le bilan du Premier ministre. Selon lui, les 120 jours écoulés se résument à une série de contrats controversés notamment l’achat de l’hôtel Best Western pour loger le ministère des Affaires étrangères, ou encore l’accord signé avec la compagnie sécuritaire d’Éric Prince, sans résultats tangibles.
Delson Cius souligne également l’échec du gouvernement à rétablir la sécurité nationale malgré la présence de forces étrangères. Les routes demeurent bloquées par les gangs, Port-au-Prince reste isolé, et l’État privilégie des contrats commerciaux opaques. Il dénonce un calendrier électoral totalement au point mort et accuse une partie de la classe politique de complicité pour avoir soutenu un cadre constitutionnel inadapté.
Toutefois, il appelle à un dialogue national authentique afin de reconnecter la gouvernance aux souffrances de la population. Les désaccords majeurs autour de la transition actuelle se cristallisent sur trois points notamment la légitimité constitutionnelle, l’échec sécuritaire et les priorités de gouvernance.
Le non-respect du cadre constitutionnel et électoral
Selon le sociologue Delson Cius, l’article 149 de la Constitution, qui impose l’organisation d’élections dans un délai de 60 à 120 jours en cas de vacance présidentielle, n’a pas été respecté. Le pacte national dans ses articles (articles 12 à 15) prévoyait un calendrier électoral précis, mais aucune avancée n’a été constatée. Pendant ce temps, davantage de territoires sont occupés par des gangs et les routes nationales restent bloquées.
Le gouvernement est accusé de privilégier des contrats lucratifs dont Evergreen, construction de prisons, gestion des ressources minières entre autres, plutôt que de s’attaquer aux foyers de gangs. Les décrets sur les ressources stratégiques, pris en pleine transition, sont fortement contestés.
Un document de transition jugé « inadapté »
Une partie de la classe politique, notamment les secteurs liés aux Assises et à l’Accord de Montana, rejette le document de transition actuel. Ils le qualifient d’« inadapté », truffé d’articles contradictoires, et dénoncent sa prétention à modifier la Constitution. Les articles 12 à 15, consacrés au calendrier électoral, apparaissent en totale déconnexion avec la réalité du terrain.
Le cadre initial défini par l’accord du 3 avril, censé fournir une feuille de route précise, n’a pas été respecté. Plusieurs acteurs parlent désormais d’un « état inconstitutionnel » depuis février 2026.
Un « gouvernement d’affaires »
Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé est qualifié de « gouvernement d’affaires », en raison de la priorité accordée à des contrats jugés lucratifs alors que la situation sécuritaire et sociale reste critique. Les décrets sur les mines et les ressources stratégiques sont perçus comme une volonté de verrouiller des secteurs économiques clés durant la transition.
In fine, le gouvernement dirigé par le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est critiqué pour ignorer les délais constitutionnels impératifs, tout en tentant de se substituer à la Constitution. Le bilan global est qualifié de « catastrophique », et le gouvernement est perçu comme lent, déconnecté des besoins sociaux urgents, et davantage préoccupé par des intérêts économiques que par la mission initiale qui est le rétablissement de la sécurité et l’organisation des élections.
Likenton Joseph
