L’Institut du Bien-Être Social et de Recherches et Save the Children intensifient leur collaboration afin de mieux répondre aux besoins croissants des enfants les plus vulnérables dans différents départements du pays. Face à une crise multidimensionnelle caractérisée notamment par la violence dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, l’augmentation alarmante des déplacements internes, le recrutement et l’utilisation des enfants par des groupes armés, les expulsions massives au niveau des points frontaliers, la protection de l’enfance en Haïti s’impose aujourd’hui comme une priorité absolue.
Une coordination renforcée et localisée
Dans le département du Nord-Est, les deux institutions ont organisé un atelier stratégique accompagné d’une visite de terrain, le 25 et 26 mars 2026, pour harmoniser les approches, approfondir la compréhension du modèle de localisation promu par Save the Children, et évaluer les interventions conduites en synergie par les deux entités. « Cette initiative marque une volonté commune de renforcer l’efficacité des actions en faveur de la protection de l’enfance et d’adapter les réponses aux réalités locales » mentionne Gaby Breton, Directrice Humanitaire et Partenariat de Save the Children en Haiti.
Intervenant dans le cadre de cet atelier, la Directrice générale de l’IBESR, Arielle Jeanty Villedrouin, a attiré l’attention des participants sur la situation particulièrement préoccupante des enfants à l’échelle nationale exposés à des vulnérabilités multiples liées à la misère et à l’insécurité. Elle plaide pour le respect de l’organe étatique, l’IBESR, la mise en œuvre des programmes sociaux cohérent pour renforcer la capacité des familles haïtiennes et par-dessus tout encourage vivement pour que les enfants vivent dans leur environnement familial.
Une pression accrue sur les systèmes de protection
Dans un climat d’insécurité généralisée, plusieurs départements du pays dont le Nord, le Sud et la Grand’Anse, font face à un afflux massif de familles et d’enfants déplacés, mettant à rude épreuve les dispositifs d’accueil et de protection.
La coordonnatrice de l’IBESR du département de la Grand’Anse, Marie Garlène Dupoux témoigne que la situation de la protection exige une réponse urgente concertée et durable notamment face à l’augmentation des cas de viol.
Le coordonnateur de l’IBESR dans le département du Nord, Henry-Claude Eleazar, alerte sur la saturation des services sociaux, incapables de répondre aux besoins des enfants rapatriés, notamment ceux ayant des besoins spécifiques. En outre, l’absence d’un juge pour enfants depuis plus de cinq ans aggrave la situation, laissant de nombreux mineurs en détention sans suivi judiciaire adéquat. « Des mineurs restent en détention sans suivi, faute de structure judiciaire adaptée. C’est une situation préoccupante qui ne peut plus durer », a souligné Eleazar. Parallèlement, ajoute-t-il le nombre d’enfants en situation de rue connaît une hausse significative.
Des risques multiples et spécifiques aux régions
Dans le Centre, les enfants font face à des risques croissants liés à la traite, au décrochage scolaire et aux migrations irrégulières. Selon le coordonnateur départemental, Peterson Saint Fleur, l’arrivée continue d’enfants rapatriés exerce une pression supplémentaire sur des structures sociales déjà fragilisées.
Dans les départements du Sud, du Sud-Est et des Nippes, les autorités tirent la sonnette d’alarme face à la montée de la délinquance juvénile et à l’augmentation de la consommation de substances abusives comme le « chicha » chez des mineurs et des jeunes. Comme l’expliquent Bertrand Méridien, Coordonnateur de l’IBESR Sud et Rossevelt Jean-Louis, Directeur adjoint du Service Social et coordonnateur des bureaux régionaux, « Nous observons une progression inquiétante de comportements à risque chez les adolescents. Il devient urgent d’y répondre de manière concertée et durable. »
Dans l’Ouest, par rapport à la problématique des groupes armés, les acteurs de l’IBESR insistent sur l’urgence de lutter contre ce phénomène et de renforcer les programmes de réinsertion des enfants et d’appuyer davantage les familles d’accueil. Les acteurs de protection soulignent la nécessité d’outiller de telles structures pouvant prendre en charge des enfants anciennement associés à des forces ou groupes armés.
Le coordonnateur de l’IBESR dans le département du Nord-Est, Rémy Occéan, a mis en lumière les vulnérabilités critiques auxquelles sont confrontés les enfants des communes frontalières comme des zones plus reculées. Il a souligné, d’une part, l’absence d’un système de surveillance efficace, une lacune qui favorise un nombre élevé d’enfants engagés dans des voyages irréguliers. Ces déplacements les exposent à des risques majeurs, notamment des abus, de l’exploitation sexuelle et, dans certains cas, à des contaminations au VIH.
D’autre part, dans les zones non frontalières, Monsieur Occéan a mis en évidence plusieurs phénomènes particulièrement préoccupants. Il observe notamment une augmentation significative des grossesses précoces chez les mineures, un indicateur alarmant des vulnérabilités sociales et du manque d'accès à des services adaptés.
Il fait également état de la présence des enfants de rue, exposés quotidiennement à des risques élevés de violence, d’exploitation et de privation de soins essentiels. À cela s’ajoute la persistance de la pratique de la domesticité, qui place de nombreux enfants dans des environnements où ils sont susceptibles de subir des formes diverses d’exploitation, de mauvais traitements et d’être privés de leurs droits fondamentaux, notamment l’accès à l’éducation et à une protection adéquate.
Monsieur Occéan a insisté sur l’engagement actif de l’IBESR aux côtés des acteurs de protection de l’enfance pour une bonne collaboration, mais également sur la nécessité cruciale de renforcer les capacités réelles des organisations locales afin qu’elles puissent offrir des services adaptés et durables.
Prévenir le recrutement des enfants : un défi majeur
Au cœur des discussions, une question cruciale s’est imposée : comment les acteurs de la chaîne de protection peuvent-ils appuyer l’IBESR dans la prévention et la réponse au recrutement d’enfants par des groupes armés ?
Cette réponse soutiennent les cadres de l’IBESR passe par une action coordonnée et multisectorielle, intégrant le task force comme mentionné dans le protocole entre le Gouvernement et le Système des Nations Unis sur le transfert, la réception et la prise en charge des enfants associés aux groupes armés rencontrés lors des opérations de sécurisation du territoire. Ce dispositif entend renforcer la surveillance communautaire, accompagner des enfants à risque, garantir l’accès à l’éducation, et impliquer activement des familles et des leaders communautaires. Le rôle des institutions judiciaires et des services sociaux est également déterminant pour assurer une prise en charge adaptée et durable.
Un engagement inscrit dans une vision nationale
Selon Roosevelt Jean-Louis, Directeur adjoint du Service social et Coordonnateur des bureaux régionaux au CBR, la protection de l’enfance exige une mobilisation collective et durable. Le partenariat avec Save the Children, renforcé par un protocole d’accord, illustre cette dynamique positive, notamment à travers l’approche de localisation qui valorise les organisations locales.
Pour être efficace, les interventions doivent s’appuyer sur une implication active des communautés. Informer, sensibiliser et engager les populations locales reste un levier essentiel pour renforcer les mécanismes de protection. « Protéger un enfant, c’est protéger tout un avenir. Personne ne peut faire seul ce travail », ajouta Monsieur Jean-Louis. De leur côté, les bailleurs de fonds sont appelés à investir davantage dans le renforcement des capacités des acteurs locaux, afin de garantir des réponses adaptées, durables et ancrées dans les réalités du terrain.
Les espaces sûrs : un levier essentiel de résilience
Profitant de cet atelier, les participants se sont rendus dans la section communale d’Acul des Pins pour visiter une des interventions de Save the Children conduite en partenariat avec le Rassemblement des Femmes Engagées de Ouanaminthe (RFEO). Il s’agit d’un espace communautaire, communément appelé Centre de loisir de l’Acul-des-Pins.
Roselene Pierre, présidente du RFEO, souligne l’importance capitale de cet espace pour les enfants de la communauté. « Parmi les solutions mises en avant, les espaces sûrs pour enfants apparaissent comme des outils incontournables. Ils offrent un environnement sécurisé où les enfants peuvent se reconstruire, accéder à un soutien psychosocial, et retrouver des repères essentiels à leur développement. Au-delà de la protection immédiate, ces espaces contribuent à renforcer la résilience des enfants face aux traumatismes liés à la violence et aux déplacements forcés. »
Placer l’enfant au cœur de la transformation sociale
« Dans un pays confronté à de multiples défis, la protection de l’enfance ne peut, en aucun cas, être reléguée au second plan. Elle constitue le socle essentiel de toute transformation sociale durable », affirme madame Villedrouin, directrice générale de l’IBESR.
Au terme de cet atelier, l’IBESR et Save the Children ont voulu réaffirmer leurs engagements envers chaque enfant en Haïti qui doit etre protégé et accompagné en vue de sa survie, son développement et épanouissement.
Yasmsine Sanon
