Dans des situations de catastrophes , de chocs, de guerre ou de violence communautaire , quelques victimes, au péril de leur vie, se maintiennent dans leur milieu de vie malgré les risques. En fait dans de situations de menaces dans la survie, selon Malthais (2001), les aînés pourtant sont les plus résistants à quitter leurs demeures. Ils savent souffrir davantage que les autres adultes des pertes subies en raison de leur fort attachement. Ce qui pourrait être extrapolé aux conditions des habitants chassés du quartier de Solino depuis plus de 7 mois et voués à l’errance migratoire.
Beaucoup sont des déplacés forcés invisibles, dirigés dans tous les coins de refuge (milieu familial, ,campement informel, hébergement communautaire, sans abri).Les sujets dans les camps de déplacés internes à Port-au-Prince se sont manifestés en maintes occasions depuis lors pour revendiquer leur retour assisté à leur milieu de vie. Les issues rencontrent le souci de faire du deuil après avoir été dépossédés de tous ses biens et du mythe d’habiter même dans des conditions d’indigence mais dans la paix et l’espoir de bien être. Il s’agit d’une spirale qui renforce des mécanismes de production et de reproduction de violences communautaires.
Les populations sont enclines à une violence symbolique qui alimente subtilement une acceptation de la violence par des mécanismes détournés et inconscients. Ce, au regard des considérations de la psychanalyse avec une exploration de la sociologie de Bourdieu. Ce point peut être investigué davantage par les intéressé-e-s pout tout besoin d’information sur ces paradigmes. La cohabitation avec des gangs qui jouent un rôle de bienfaiteur renvoie aux violences tolérées aussi bien qu’aux violences symboliques . Aussi les quartiers sont-ils pris en otage. Il y a à la fois reconnaissance et méconnaissance du fait que le dominé participe à sa propre domination ce qui s’apparente à une servitude volontaire (Bourdieu,1997) . Des violences peuvent être consenties quand on sacrifie des libertés individuelles pour garantir l'intégrité sociale. Ce sont des violences silencieuses .
Tout renvoie à une situation de guerre subliminale apte à activer la violence symbolique. Mais, il y a lieu d’ évacuer des sentiments de culpabilisation et de déni.
Les violences perpétrées contre les quartiers viennent s’inscrire vraisemblablement dans un agenda particulier eu égard à l’articulation des différents forfaits subis par la population, en cascade dans les départements de l’ouest, de l’Artibonite et du centre. À défaut de réponse de l’Etat en termes de sécurité , de réparation et d’accompagnement ,l’appel d’un des caïds redoutables à la population de regagner le quartier de Solino en guise d’une démarche de “paix” que plus d’un assimile “paix à peur”. Des polémiques, remous, accusations de toutes sortes vibrent dans ce contexte de l’après 24 aout 2025. Ce, sous fond d’un silence cynique des autorités publiques peut être confinées dans l’incompétence, l’insouciance , la complicité active ou l’impuissance.
Tout le paradoxe réside dans les attitudes d’une population victimisée, installée dans un environnement mêlé de détresses, traumatismes, désolation, chimères, rêves, résilience et résistances. On se trouve face à un énigme celle de dépasser et de rompre l’ordre structurel déterminant les violences sociales et les violences communautaires.
Les populations chassées du quartier de Solino au retour sur invitation d’un caïd ont tenté de retourner au prix d’une «paix pèpè» pour évoquer l’aspect manipulatoire de la démarche sous l’œil des autorités publiques tout en notant l’appel controversant à la prudence faite par la Police Nationale Haïtienne.
Il se maintient ,malgré tout, la saga d’un peuple résistant depuis la guerre de la Vega Real en mars 1495 en passant au 14 août 1791 jusqu’aux nouvelles conduites collectives pour revendiquer le droit à la vie face à la haine sociale instituée par les caïds sous l’ombre de l’Etat prédateur dans le contexte de violence structurelle et de persécutions en Haïti.
Hancy PIERRE,
Professeur Travail Social et Migration, Université d’Etat d’Haïti, et At The University of Findlay, Ohio, USA
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-OLIVIER Djems Territoires de la violence, territoires des ONG :Quelle (in)cohérence ?Thèse de doctorat. UNIVERSITE PARIS 8 - VINCENNES – SAINT-DENIS.École Doctorale Sciences Sociales - ED 401.Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces.27 novembre 2020.
-CHARMANT Fritzer (Re) Production de la violence armée au regard de la construction démocratique en Haïti : Étude sur la prolifération des Baz dans les quartiers populaires de Port-au-Prince de 2006 à 2022. Mémoire de licence en Sociologie, à la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’Etat d’Haïti. Janvier 2025.Non publié.
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