Alors qu'il faisait très tard dans une ville où l'insécurité avait, depuis des années, paralysé la vie nocturne, un passant avait vu passer un autre passant dans une route non bitumée. Vêtu d'une chemise noire, d'un pantalon noir et d'un chapeau noir, le visage non caché de l'homme en noir avait l'air suspecte. Et comme les princes du Port des coquins, pour détourner l'attention de la jeune femme qui avait grandement peur de lui, l'homme passait une petite valise noire qu'il avait dans sa main gauche à un autre passant qui passait dans une direction opposée. Tout en tenir avec précaution ce sac que l'homme lui avait passé, d'un pas lent, ce passant, un jeune garçon dans la trentaine, avait fait un demi-tour en trois temps pour, finalement, tenter de passer un message cordé à l'oreille de la femme.
À ce moment, pris de panique, subitement, elle se rappelle de ce proverbe français disant "mieux vaut aller seul que mal accompagné''. Mais la question est : allé où ? Et comment le faire? Pour un fervent catholique, la femme, dans sa frayeur, ne savait pas à quel saint se vouer. Désespérée, comme dans un marathon des folles qui se sont prises en charge par des déséquilibrés, follement elle marchait plus vite pour finalement arriver à devancer les fous, agents des aliénés.
Tout en courant, en passant par devant une toute petite maison en bois, elle avait vu un autre passant, en tête de huit autre personnes, qui passait. Encore un autre, se dit la jeune femme. Mais ce dernier avait l'air bien pressé. Il avait aussi l'air tout à fait perdu et mal informé de la réalité sécuritaire d'un pays au bord d'un éclatement social. De passant qui passe au coordonateur qui passe chaque cinq mois pour coordonner le groupe de neuf membres d'un pouvoir exécutif bicéphale, c'est absolument du bonnet blanc et blanc bonnet.
De ministres qui minimisent leurs fonctions au PM qui voyage régulièrement comme un pigeon voyageur, c'est encore le va-et-vient qui se faire pour une affaire de per diem et des dépenses au frais de la princesse de la ville de Port-au-Prince. Et en attendant les élections frauduleuses pour le retour illégal des honorables qui, dans leurs affaires imparfaites auront à déshonorer la fonction de parlementaire, c'est un pays qui se meurt dans un semblant de démocratie sans effectivement des démocrates. Définitivement, avec un État dans un tel état, Haïti est certainement dans un état incertain.
Dans ce méli mélo et de tohu-bohu politique dans les labyrinthes d'une transition démocratique à n'en plus finir, les passants passent comme les autorités qui se recyclent et les honorables parlementaires qui se sont très déshonorés. Dans l’intervalle, des brigands, dans leurs actes de brigandages, kidnappent, violent et tuent des gens de la population. Ce qui fait que tant de vies sont gaspillées dans le gaspillage du temps des politiciens gaspilleurs. Et le mal dans tout ça, pour le malheur d’Haïti, comme des anciens grands dignitaires de l’État qui attendent leurs décharges pour qu'ils puissent enfin retourner décharger le reste de ce qui est resté du Trésor public, les gangs armés, fils de vipères, eux aussi ils espèrent avoir une amnistie pour leurs crimes et exactions commis sur la population.
L'ironie du sort, parmi les passants qui passent, les PM et DG de la police qui font le va-et-vient, ils sont nombreux ceux qui se sont encore considérés en réserve de la République. Mais le changement du pays ne peut pas se faire avec des coquins qui se croient toujours plus intelligents. Il est temps de débarrasser le pays de ces sangsues en transite qui sucent le sang du peuple pour finalement faire place à des nationalistes qui, avec le courage d'un patriote et une conscience révolutionnaire, peuvent ramasser et recoller les morceaux de ceux qui restent du dégât de ces dirigeants corrompus. À malin, malin et demi, la vie dans toute sa cruauté et en même temps sa beauté fragile arrivera un jour à sanctionner ces sanctionnés qui ont fait tant de tord au pays. Le passant peut toujours voir passer et repasser des passants de l'autre côté de la route, mais pas des dirigeants incompétents qui, pour se faire une santé économique, font le va-et-vient au Timon des affaires de l'État.
Esau Jean-Baptiste
