Le discours récemment prononcé par Alix Didier Fils-Aimé s’inscrit dans une longue continuité rhétorique qui, loin de rassurer, ravive les doutes profonds de la population haïtienne. Derrière une mise en scène solennelle et des appels appuyés à l’unité nationale, se dessine une parole fragile, minée par des contradictions, des promesses répétées et une absence criante de résultats concrets — autant d’éléments qui interrogent la sincérité et la capacité réelle de l’homme à gouverner.
Une rhétorique déjà vue, des résultats jamais vus
Lors de ses précédentes responsabilités à la tête du gouvernement, Fils-Aimé avait déjà promis rigueur, sécurité, technicité et impartialité. Pourtant, l’histoire récente n’a retenu ni réforme structurante durable, ni amélioration tangible de la sécurité, ni rupture claire avec les pratiques anciennes. Cette dissonance entre le discours et l’action nourrit aujourd’hui un scepticisme généralisé.
Affirmer que « le temps des discours est terminé » tout en recyclant les mêmes formules incantatoires relève d’une incohérence manifeste. Quand les mots deviennent une fin en soi, ils cessent d’être un outil de gouvernance.
Le mirage du « Pacte » : consensus ou alibi politique ?
L’axe central du discours repose sur un « pacte national » entre leaders haïtiens, présenté comme la clé de la stabilité et du salut collectif. Or, cette approche n’est ni nouvelle ni rassurante. Une formule comparable a été récemment promue — avec l’appui de la communauté internationale — pour accoucher du très contesté Conseil présidentiel de transition.
Le résultat est connu : paralysie institutionnelle, luttes d’intérêts, absence de légitimité populaire et aggravation de la crise sécuritaire. En persistant dans cette logique de pactes entre élites déconnectées du vécu des citoyens, Fils-Aimé semble ignorer — ou feindre d’ignorer — l’échec patent de ce modèle.
Silences lourds et responsabilités évitées
Le discours élude soigneusement les questions essentielles :
Qui est responsable de l’effondrement sécuritaire actuel ?
Pourquoi les institutions sont-elles si faibles ?
Où sont les mécanismes concrets de reddition de comptes ?
À défaut de réponses claires, le flou s’installe. Et dans ce flou prospèrent les soupçons de mensonge, de duplicité et de corruption — soupçons que l’orateur ne dissipe jamais frontalement. Les appels à l’émotion, à la “mission” et au “sacrifice” apparaissent alors comme des substituts à une vision politique cohérente.
Comment regagner la confiance du peuple haïtien ?
S’il souhaite réellement restaurer un minimum de crédibilité, Fils-Aimé devra rompre radicalement avec les pratiques du passé. Cela implique notamment :
Reconnaître publiquement les échecs passés, y compris les siens, sans faux-fuyants ni langage technocratique.
Présenter un plan chiffré, daté et vérifiable, notamment sur la sécurité et la lutte contre la corruption.
Rompre avec la gouvernance par pactes élitistes, et ouvrir de véritables espaces de participation citoyenne.
Garantir l’indépendance réelle des institutions de contrôle et accepter une reddition de comptes régulière.
Cesser les promesses émotionnelles et privilégier des actes mesurables, même modestes, mais concrets.
Conclusion
Le peuple haïtien n’est pas en manque de discours. Il est en manque de vérité, de cohérence et de courage politique. Tant que Fils-Aimé s’abritera derrière des pactes symboliques et des promesses recyclées, sa parole restera suspecte et son leadership contesté. En Haïti, la confiance ne se décrète pas : elle se mérite.
Pierre R. Raymond
Le 4 mars 2026, USA.
