25 étudiants haïtiens viennent de boucler leurs études de sciences médicales et paramédicales à l’université italienne Unicamilus. Une cérémonie de collation de diplômes a eu lieu dans cette institution à laquelle ont pris part plus de 150 personnes du monde diplomatique et universitaire. Entretien avec le chargé d’affaires d’Haïti en Italie, Emmanuel Charles, qui a été la cheville ouvrière de cette coopération instituée entre les gouvernements italien et haïtien en 2018.
Le National : Satisfait de cette graduation, Monsieur le chargé d’affaires ?
Emmanuel Charles : Je suis triplement satisfait. Premièrement, ces vaillants étudiant.e.s ont bouclé un cycle d’études dans une université européenne, ce qui n’est du tout facile. Ils l’ont fait de fort belle manière et en plus dans une langue étrangère. Je les félicite une fois de plus. Ils sont des héros vu les difficultés rencontrées en chemin. Je dois taire les détails parce qu’ils sont derrière eux. Témoin privilégié de leur combat, je me suis dit que nous, les Haïtiens, nous sommes encore capables de nous armer de courage pour relever les défis auxquels nous faisons face.
Deuxièmement, je suis content de voir que la coopération universitaire entre pays – dans ce cas-ci entre Haïti et l’Italie – peut permettre d’établir, par le biais du ministère haïtien des Affaires étrangères, une banque de ressources humaines dans différents domaines en vue d’affronter au fur et à mesure la situation socio-économique difficile d’Haïti.
Troisièmement, je suis ravi de la présence d’ambassadeurs, de chefs de postes consulaires, d’officiers consulaires qui ont bien voulu rehausser l’éclat de cette cérémonie de graduation. Cela montre que l’aspect éducatif les tient à cœur et que les étudiants ne sont pas seuls. De plus, la marque d’affection du recteur Gianni Profita à l’endroit de la « promotion Toussaint Louverture » m’est allée droit au cœur. Le directeur général de « DiSCo » (l’institution chargée de verser l’indemnité pour l’hébergement des étudiants) m’a écrit pour me demander de transmettre ses félicitations aux étudiants et émettre le souhait que l’acquis ne soit pour eux qu’un point de départ vers un avenir dans lequel ils pourront pleinement exprimer leur professionnalisme et l’indispensable solidarité humaine à apporter à leurs patients.
Enfin, je suis heureux que mon ministère de tutelle m’ait permis d’aider ces jeunes à préparer leur avenir au bénéfice d’Haïti.
Le National : Les études ont porté sur quelles disciplines ?
Emmanuel Charles : Radiologie, infirmerie, laboratoire, physiothérapie, formation de sage-femmes, etc.
Le National : Le public en sait peu de la coopération haitiano-italienne. Pourriez-vous nous en parler ?
Emmanuel Charles : Cette cérémonie est une coopération initiée par Monsieur Sergio Mattarella, président de la République d'Italie et par l’ancien président d’Haïti, feu Monsieur Jovenel Moïse, lors de sa visite officielle à Rome du 24 au 28 janvier 2018. Cette coopération a été mise en œuvre par le recteur Gianni Profita et moi-même sous la forme d'un programme de formation en faveur de jeunes Haïtiens des deux sexes. C’est ainsi qu’ils ont pu intégrer l'université Unicamillus en 2018 dans les branches médicales et paramédicales.
Le National : Quels ont été les critères pour que ces étudiants obtiennent à cette bourse ?
Emmanuel Charles : Six critères sont requis :
a) avoir le bac deuxième partie ou un diplôme universitaire ;
b) être âgé de 25 à 26 ans ;
c) s’inscrire personnellement à l’université selon les références mentionnées sur le site de cette institution;
d) avoir réussi le concours de l’université basé sur le système italien ;
e) être d’une famille modeste, ce qui doit être prouvé par une déclaration de valeur faite devant la mairie ou le juge de paix du lieu de la résidence du postulant. Ce document légalisé en Haïti par le ministère haïtien des Affaires étrangères dont la validité doit être vérifiée par l’Ambassade d’Haïti en Italie;
f) maintenir le statut de boursier chaque année en obtenant un certain nombre de crédits aux examens. Car, la bourse est liée à la capacité de rendement approprié en fonction des exigences de l’université.
À noter que pour protéger les étudiants et avant de lutter contre des racketteurs en ligne, comme on le voit partout actuellement, on modifie à tout bout de champ les critères, à « DiSCco » aussi.
Le National : Qui a financé leurs études de manière concrète ?
Emmanuel Charles : De manière concrète, c’est la République italienne, en particulier Rome qui a financé leurs études, selon le système de bourse établi par la Région Lazio à travers l’organisme « Disco » pour les étrangers, donc pour les Haïtiens aussi.
Le National : Quelle est la prochaine étape ? Est-il prévu que d’autres étudiants haïtiens viennent en Italie étudier ?
Emmanuel Charles : On ne peut pas parler de prochaine étape, car il n’y a pas eu de discontinuité dans le programme. Depuis cette coopération mise en œuvre par le recteur Gianni Profita et moi, les étudiants peuvent intégrer l’université en s’informant sur les sites d’informations disponibles. Les postulants peuvent quotidiennement se renseigner sur tout ce qui rapporte aux branches médicales et paramédicales, les critères et les périodes au cours desquelles ces disciplines seront enseignées.
Le National : C’est-à-dire que concrètement le gouvernement italien va continuer à financer des bourses d’études moyennant les mêmes conditions qu’il y a 3 ans ?
Emmanuel Charles : Je suis optimiste pour la continuité du programme. Car un accord reste un accord.
Le National : Comment cela va se passer ? Votre Ambassade doit prendre contact avec les deux parties, haïtienne et italienne ?
Emmanuel Charles : Bien sûr que l’Ambassade doit toujours se référer aux deux parties pour les formalités relevant des relations entre les deux pays.
Le National : Quelle sera l’instance pour la partie haïtienne : le ministère des Affaires étrangères ? Le ministère de l’Éducation ? Le Primature?
Emmanuel Charles : L’instance pour la partie haïtienne peut varier suivant l’étape à franchir en ce qui concerne les normes administratives. Je peux simplement rappeler que mon instance de tutelle est le ministère haïtien des Affaires étrangères, ce qui n’empêche pas le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et le ministre de l’Éducation nationale d’exercer leurs prérogatives à leur niveau.
Le National : Quelle est l’instance du côté italien ?
Emmanuel Charles : Elle peut être la Région « Lazio Disco » quand il s’agit d’appliquer pour les bourses au logement ou l’université quand il s’agit de solliciter une bourse relative aux études. Mais l’Ambassade a son rôle majeur à jouer au niveau administratif quand les patriotes sont arrivés sur le sol italien.
Le National : « DiSCo », c’est quoi comme organisme ? Quel est son rôle ? Qui le finance ?
Emmanuel Charles : « DiSCo » est une agence de la Région Lazio qui met en œuvre son engagement de garantir le droit à l'éducation par la mise en œuvre d’études et des formations. Les fonds alloués par cette région ont pour but de faciliter les postulants des familles qui n’ont pas beaucoup de moyens financiers. « DiSCo » s’occupe d'attribution de chèques-livres, des contributions au loyer, des allocations de transport et diverses autres contributions. Grâce aux ressources du Fonds social européen, DiSCo qui a pu octroyer, rien que l'année dernière, plus de 24 500 bourses d'études, 2 300 lits, plus de 1 500 contributions au loyer et la fourniture d'environ un million de repas à des coûts subventionnés, ainsi que d'autres services ciblés mis à la disposition de milliers d'étudiants.
Le National : Quand est-ce que les anciens étudiants retourneront en Haïti ?
Emmanuel Charles : Il n’y a pas une date bien déterminée pour le retour de ces professionnels en Haïti. D’ailleurs, ils étaient arrivés par groupe.
D’après moi vu la situation du pays, malgré leur bonne foi apparente, ils pourraient être en état d’hésitation pour fixer leur retour. Mais ceci se fera dans un avenir pas trop lointain. Ils sont obligés d’aller mettre leurs connaissances, leur savoir-faire au service de leur pays qui en a plus besoin. J’avoue que je suis heureux de constater qu’ils ont envie d’y retourner malgré leur questionnement.
Le National : Pensez-vous que la chance sera du côté haïtien ?
Emmanuel Charles : La victoire éclatante de la première promotion 2018-2021 baptisée du nom Toussaint L’ouverture montre que la chance dont vous parlez se construit avec la compétence, la détermination, l’orgueil et le patriotisme.
Propos recueillis par :
Huguette Hérard
