Un arrêté municipal a interdit des festivités de rara durant l’épisode d’avril 2025.D’autres zones ont pris la relève vu qu’elles sont aussi réputées de “grenier du rara “ si on peut emprunter cette expression. Dans l’Artibonite, le Nord et le Sud - Est, le mouvement du rara s’amplifie et s’enracine davantage dans les moeurs pour devenir l’ame du peuple haïtien.Nous étions curieux, comme héritier de la Cité du rara issu de la tradition des sambas tainos, à chercher à faire la part des choses.
Dans notre périple dans le Sud-Est, à Cayes Jacmel, Marigot et à Anse-A-Pitres, nous étions ému de la grande parade des bandes de rara en provenance des bourgardes,sections communales et communes de ce département.Tout s’est convergé devant l’Hotel “Rendez-vous de Cayes Jacmel qui est devenu une enseigne de rassemblement des bandes de rara de la commune. La liste des bandes du défilé est longue que les sympathisants et sympathisantes se perdent.Nous étions stupéfaits de d’observer que certaines bandes ne pouvaient pas être identifiées sous le coup.Ce fut le cas de l’une des bandes du parcours du vendredi saint qui se confondait avec Rara de Tesser ou La Jeunesset .D’autres noms sont évoqués par des participants que nous avons abordés à ce sujet.Rara saint André de Corail Fabre,rara Tèt ansanm de Corail Fabre.Dans la seule localité de Corail Fabre, il y a 4 bandes de rara.Zenglen boutèy était absent cette fois-là.
Le rara “Full Panick” (de couleur jaune), Tèt Syèl (jaune abricot),La Jeunesse (rouge et blanc), Fashion rara, Digital rara ,Rasin figye et rara de Renold étaient de la partie parmi une longue liste de bandes de rara au rendez -vous du vendredi à Cayes Jacmel en prélude à celui de Marigot le samedi suivant.On se rend compte que les déguisements sont de mise du point de vue esthétique aussi bien que comme signes distinctifs. En effet, les bandes sont sujettes à des compétitions souvent transformées en affrontements directs. On se garde de laisser deux ou plusieurs groupes rivaux se rencontrer.
Les instruments traditionnels dominaient la scène: bambou, cornes, cors métalliques, grattoirs et cloches, vaksin, tambours. Le rara Digital s’amenait et s’accordait avec ces instruments traditionnels, peu importe son appellation “digital”. Les instruments modernes comme des trompettes, trombonnes étaient absents à cet évènement. L’originalité était au rendez-vous. L’échauffement au rythne du pétro ne manquait pas. En la circonstance, le rara Tèt Syèl a drainé la grande foule.Le bouillonnement du rara full panick s'agitait au coup de siflet .C'est le rara La Fleur Tèt Ansanm qui menait la danse dans une foule compacte qui s’animait.
C'était le tour du disc jocker à partir du stand pour exécuter du Raboday mastérisé . La participation des femmes était autant considérable que celle des hommes. Les jeunes et moins jeunes étaient aussi de la partie. Des va et vient avaient créé de l’ambiance et témoigné de la motivation de la population attachée à sa culture nationale. Les balcons et les toits de quelques maisons sont occupés par ceux ou celles qui se retiraient momentanément de la foule. Des marchandes ambulantes avaient marqué le pas en offrant des boissons alcoolisées présentées sous des labels qui renvoient au sexe dans la langue créole ( trampe de zo devan, asorosi, bwa kochon,lyann bande, kraze kabann… ) et le rhum haïtien de la dimension du quart « tiplat » sont achalandés pour augmenter le feeling des participants en quête de défoulement.
Des refrains traditionnels de Fashion rara animaient le défilé dans un rythme fort, survoltant et envoutant ( kafou kote w , kafou bizango, ewa ewa). Ils sont entremêlés de slogans à la mode comme “bwakale”, “ m pa wè madanm mwen”.Des notes à caractère grivois et sexiste ne manquaient pas (gade …zen, gade …zen).Je me garde d’insérer le préfixe.
La foule s’était dégrossie vers les 7 heures du soir pour la clôture, prolongée d’une heure. Toutefois les bandes de raras étaient restés dans la rue après le défilé formel . « Rara lage » qui se traduit ainsi « feu vert à la parade des bandes de rara en pleine rue et jsuqu’au bout ». A 8h44, on entendait tout près du stand entonner un rara par intermitence.
Une chorale de jeunes femmes s’animait. Ça continuait à chauffer .
De petits bistrots fonctionnaient le long de la route Cayes Jacmel-Marigot et faisaient rebondir du plaisir.
“Rara Lage”, les bandes de rara sont restes actifs à travers les bourgs, sections communales et communes de la région au-delà du dimanche kazimodo et avaient enfreint le délai ordinaire limité au lundi de Paques.
Au moment que je finalisais cet article le professeur Jérôme Millard a partagé avec moi des sons du Rara Lafleur de Léogane lors de l’une de ses prestations au début du mois de mars 2026.
La culture du rara vibre en nous.
