Tout texte pour produire les effets précis doit se soumettre au travail assidu du style, de la forme. Un ensemble de choix sont alors imposés à l'auteur dans la réalisation du processus créatif. Il demeure que les paroles d' « Ayiti peyi mwen » de Marcel Sylvain n'a pas dérogé à la règle. Ainsi notre analyse se portera-t-elle tant sur les tropes relevées dans le texte que sur l'usage du vocabulaire appréciatif et sur le discours élogieux autour du pays.
« Ayiti peyi mwen » campe l'île dans l'univers antillais/ caribéen. L'auteur décrit une île de beauté, charmante, une terre à la nature diversifiée, d'hospitalité, d'amour mais également une terre de contraste (Pitit li yo pa konprann valè l / Men etranje ki apresye l/ Li pa vle… pou l kite l). Le texte de M. Sylvain est repris par un nombre important d'artistes locaux dont Issa El Saieh, Ti Corn.
Le texte fourmille de tropes, de figures de style telles que la personnification, l' allégorie, la métaphore, l'anaphore, etc. Il fait par ailleurs usage du vocabulaire mélioratif qui attribue une portée valorisante au sujet (Haïti). L'éloge contribue à travers les références multiples à la douceur et la frugalité de la nature et des fruits locale, à la beauté de la femme à renforcer le vocabulaire usité. Il fonctionne comme une déclaration d'amour au pays et exprime des sentiments de bonheur.
Repérons quelques personnifications, ces figures qui allouent à un inanimé les traits d'être animé. Ces énoncés suivants sont des illustrations : "yon bèl ti peyi ki benyen nan lanmè dèzantiy", Peyi sila-a, tèlman dous, trankil", li trè joli, trè chaman". Dans ces cas précis, la beauté, le charme, la douceur, la propreté lesquels caractérisent l'être humain, sont attribués à Haïti. Ce qui renforce l'attrait, l'attirance du pays aux yeux des nationaux et étrangers. Des métaphores telles " Peyi sila-a se siwo myèl", " Ayiti se yon marabou, Ayiti se yon milatrès, Ayiti se yon bèl nègès" "Ayiti manman cheri" peuvent être aussi considérés comme des allégories qui représentent un inanimé, une abstraction sous les traits d'une réalité concrète. Des reprises anaphoriques parsèment le texte. La répétition du thème "Ayiti" est un parfait exemple.
« Ayiti » est notamment représentée sous les traits d'une femme ( milatrès, grimèl, nègès, marabou), d'une mère chérie, protectrice tant aux yeux de ses enfants souvent ingrats que des étrangers qui en tombent amoureux. Mais être mère ou père demeure une tâche ingrate !
Ce relevé non exhaustif brosse un tableau de termes mélioratifs : bèl ti peyi, renmen, tèlman dous, trankil, joli, trè chaman, siwo myèl, kann kreyòl, li pa vle pyès pou li kite, livrès, karès, etc. Le texte "Ayiti peyi mwen" constitue un éloge bien mérité, à la limite même amoureux d'un authentique fils du pays à la mère Patrie. Un ressourcement n'y est pas interdit encore aujourd'hui.
Le texte partage une certaine intertextualité à d'autres auteurs haïtiens : Oswald Durand ( Choucoune, Mon île Bien-Aimée) et Alcybiade F. Battier (Mon pays) notamment. Le texte de M. Sylvain est lyrique.
Des vers aux rimes riches, suffisantes et quelquefois appauvries sont généralement des octosyllabes. La chanson est composée par ailleurs à partir des rimes croisées (abab), embrassées (abba) et se termine sur des rimes plates (aa bb cc). Quelques contrastes sont repérés dans le texte (Pitit li yo pa konprann valè l / Men etranje ki apresye l/ Li pa vle pyès pou l kite l) et ( Yo mèt ban m lò mèt ban m dyaman/ mwen p ap Janm kite l). Ceux-là renforcent l'attrait qu'exerce le pays sur tous. Exception aucune !
©James Stanley Jean-Simon
Écrivain - critique littéraire haïtien
