Nous voici rendus à quelques jours du 7 février. Le 2 janvier dernier, le président du CPT, Laurent Saint-Cyr, lançait un énième appel au dialogue, où il demandait à toutes les forces vives du pays de parvenir à une entente afin d’éviter tout vide fatidique du pouvoir. Mais nous sommes un pays, disent les sceptiques, où nous aimons parler des choses pour mieux les conjurer. Dialogue national, conférence nationale, dialogue citoyen : autant de termes utilisés qui masquent mal une incapacité à faire émerger une entente nationale patriotique pour une véritable gouvernance de rupture.
Mais tout n’est pas perdu. Des secteurs politiques et de la société civile travaillent à faire émerger une solution consensuelle pour le 7 février et pour l’administration de la nouvelle transition. Même si une certaine cacophonie demeure, tant affluent les propositions, les unes plus généreuses que les autres. Quoi qu’il en soit, certains progrès sont en vue quant à l’idée d’une ultime transition devant conduire à des élections libres et honnêtes.
La méfiance demeure et n’est pas le moindre des handicaps. Les partis politiques ne jouissent pas d’une réputation irréprochable ; le secteur privé est souvent logé à la même enseigne, parmi les « indifférents » de la République ; et la société civile, pléthorique et précarisée, peine à exister.
Faire émerger une entente nationale relève donc des travaux d’Hercule. Et ceux qui s’y attellent méritent nos encouragements. Les prochains jours seront cruciaux, et le peuple haïtien attend de ces élites que, pour une fois, elles « voient le pays avant le pouvoir ».
Au fond, l’urgence n’est pas seulement celle d’une date, mais celle d’un sursaut : transformer la parole en acte, la défiance en garanties, et la transition en chemin crédible vers la légitimité démocratique. Le 7 février ne doit pas être un gouffre, mais un point de bascule : celui où l’intérêt national l’emporte enfin sur les calculs, et où l’on choisit, ensemble, la voie de la responsabilité.
Roody Edmé
