La semaine a été chargée pour les équipes du Conseil électoral provisoire. Des dizaines de représentants de partis politiques se sont bousculés pour s’inscrire en vue des prochaines élections. Au final, on compterait un peu plus de 300 partis politiques se préparant à participer aux scrutins à tous les niveaux, à en croire leurs dirigeants.
L’inscription n’est qu’une étape. Le CEP devra encore publier la liste des partis retenus en vertu de la loi électorale. Le président du CEP affirme que les personnes sanctionnées par les Nations unies ne pourront pas participer. Ce qui laisse un large boulevard à celles qui ne sont visées que par des sanctions prises par des pays tiers, tels que les États-Unis et le Canada.
La prolifération des partis n’est pas forcément le signe d’une démocratie vivante ; elle peut aussi traduire une grande confusion dans le chaos politique de ces dernières années. Quant aux regroupements politiques spontanés à la veille des élections, ils relèvent bien plus d’un opportunisme douteux que d’une véritable « renaissance » de la démocratie haïtienne. Qui sont ces leaders du passé et du présent ? Qu’est-ce qui a changé dans leurs pratiques politiques ? Quelle est leur vision pour Haïti et quel est leur véritable ancrage dans la population ?
Autant de questions qui interpellent l’opinion publique sur les velléités d’une classe politique trop souvent abonnée au désordre. En attendant, les Haïtiens n’aspirent qu’à davantage de sécurité. Ils n’ont que faire du bruit et de la fureur qui agitent les réseaux sociaux. Ce pays, vilipendé et devenu un « repoussoir » pour les investisseurs, possède pourtant un réel potentiel d’avenir. La réalité actuelle, aussi affligeante soit-elle, exige du patriotisme, du savoir-faire et, surtout, l’émergence d’un leadership intelligent, intègre et soucieux du bien commun.
Haïti ne manque ni de ressources ni d’hommes et de femmes capables de la servir ; elle manque surtout d’une volonté politique à la hauteur de son histoire. Le salut national ne viendra ni de la dispersion des ambitions ni du vacarme des ego, mais d’un sursaut collectif fondé sur l’ordre, la compétence et l’amour du pays.
Roody Edmé
