L’on a, depuis la nuit des âges, fouillé des valises à la recherche d’objets égarés. Certains aigrefins, quant à eux, sont arrivés à emporter dans leur chemise même des dates historiques. D’aucuns se demandent comment peut-on dérober une date et l’emporter avec soi. Question pertinente! Mais c’est oublier que dans ce lieu où “l’impossible est possible et le possible, impossible”, on arrive jusqu’à décrocher le soleil. Il y a belle lurette que l’on regarde, perplexe, la lumière marcher dans le monde, les mains ligotées, sous les ordres de l’ombre.
La clarté a pris le maquis dans le sillage des vagues affolées et laissé tout un chacun, le visage embrouillé, à l’approche du 7 février. Nul ne semble avoir la réponse concernant qui va prendre le gouvernail du paquebot. La vérité, c’est qu’il a été sans capitaine et a longtemps fait naufrage dans les eaux troublées, depuis que le 7 février a été escamoté.
Cette date mémorable a été compromise dès l’absence d’un conseil électoral permanent, comme le réclame la Constitution de 1987, dont l’une des tâches serait de mettre en place les structures nécessaires et d’organiser des élections à temps, à tous les échelons, pour assurer la stabilité de l’État. Nous avons malheureusement préféré notre état permanent d’exception.
Or, il est une notion fondamentale et ancienne en matière politique et de gouvernance d’une nation: soit on recourt à des mesures pacifiques, comme les élections, pour la passation des pouvoirs après une période bien définie, soit on s’aventure dans une forme de révolution ou d’engagement par les armes et dirige de façon autoritaire.
Nous avons, à ma connaissance, choisi la voie des urnes. Pourtant le 7 février nous surprend toujours - comme si, pour certains, il n’allait jamais arriver - à la recherce de solutions exceptionnelles. Nous allons à la va-vite jusqu’à réveiller des moribonds, qui ne savent même pas pourquoi on les a réveillés des bras de Morphée, pour leur demander d’assumer le pouvoir.
Le brouillamini est total.
Mon stylo, malgré tout, marche, l’espoir chevillé au corps, dans la ville embourbée. Il reste apolitique, conformément aux grandes traditions dans ma famille, mais veut être fidèle à sa responsabilité, lui aussi, dans une réflexion de grande envergure pour, non seulement récupérer le 7 février, ce bien précieux qui s’est échappé de nos mains depuis de longues années, mais également le sécuriser, une fois pour toutes, pour la transmission pacifique et la continuation des affaires de la République.
Aussi, chacun est-il invité à attacher sa ceinture pour un voyage, un bref voyage, mais qui puisse se révéler choquant et long pour ceux qui désirent prendre les rênes du pouvoir et s’y accrocher, au-delà de leur mandat, comme moyen de survie financier pour eux et leurs proches. Car dans cette réflexion, si nous voulons sauvegarder le 7 février, il nous faut établir, comme condition préalable pour quelqu’un de devenir président, ministre, législateur ou autre haut fonctionnaire, qu’il accepte d’exercer la fonction sans salaire aucun. Ces fonctionnaires ne toucheraient même pas un sou et n’auraient access à aucun compte bancaire de l’État – seuls leurs frais seraient pris en charge.
Ainsi, ce n’est pas l’intention de faire fortune, mais plutôt un véritable sentiment patriotique et de dépassement de soi pour apporter sa quote-part à la reconstruction (ou, mieux, à la construction) du pays qui inciterait quelqu’un à viser un poste supérieur dans l’État.
Dorénavant, un citoyen, n’ayant jamais travaillé et cherchant à occuper une haute fonction publique- comme son tout premier emploi - est automatiquement disqualifié. Est également disqualifiée toute personne ne pouvant pas prouver ses resources financières personnelles pour prendre soin d’elle, de sa famille, de ses maîtresses ou maîtres.
Il est venu le moment de sortir des sentiers battus et de faire appel à la créativité authentique pour nous ôter du marasme. Il est venu le temps de comprendre le dialecte des dieux dans les secrets de la nuit.
Mon stylo, dans ses errances une fois encore, vient aujourd’hui servir ce texte comme un cocktail à la table autour de laquelle tout le monde est invité à la réflexion pour récupérer le 7 février et le sécuriser à jamais.
Egbert Personnat
