Le tourisme, levier économique incontournable pour relancer Haïti
Le tourisme est reconnu dans le monde entier comme un moteur essentiel de développement économique. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), il soutient environ 357 millions d’emplois dans le monde, soit près d’un emploi sur dix, ce qui en fait l’un des plus grands générateurs d’emplois de l’économie mondiale.
Dans la Caraïbe, cette industrie n’est pas seulement secondaire : elle constitue un pilier économique. En 2024, le secteur a généré environ 3 millions d’emplois, soit 15,7 % de l’emploi total dans les pays de la région. La République Dominicaine, leader régional, a enregistré près de 21 milliards de dollars grâce au tourisme, représentant 15,8 % de son économie nationale. La Jamaïque et la Barbade, quant à elles, génèrent chaque année entre 4 et 4,5 milliards de dollars grâce à ce secteur.
En Haïti, les données les plus récentes remontent à 2014, sous la gouvernance de Mme Stéphanie Balmir Vildrouin, alors Ministre du Tourisme. Selon l’OMT, plus de 300 000 emplois avaient été créés, soit 8,2 % de l’emploi national. Cette période florissante inspirait de nombreux jeunes à s’investir dans le tourisme, dans l’espoir de contribuer à la place d’Haïti sur la carte touristique mondiale.
Malheureusement, depuis cette belle période, l’industrie touristique en Haïti s’est détériorée de manière préoccupante, entraînant une remise en question du rôle du ministère du Tourisme lors de la récente nomination de la nouvelle ministre.
Une crise d’image qui freine le tourisme
La crise multidimensionnelle que traverse le pays politique, sécuritaire, économique et institutionnelle ne favorise pas l’afflux de visiteurs. Haïti fait face à un déficit d’image et de perception qui affecte considérablement son patrimoine historique, culturel et naturel. Pourtant, notre pays regorge d’atouts uniques, dont l’histoire révolutionnaire, le patrimoine mondial et une culture authentique, qui pourraient constituer une véritable richesse touristique.
Le Nord, avec la Citadelle la Ferrière, le Palais Sans Souci, Labadee et ses plages, incarne le potentiel touristique du pays et démontre que Haïti pourrait développer son tourisme pour accroître son économie, créer des emplois et améliorer son image internationale. D’autres départements offrent également des attractions touristiques remarquables, souvent épargnés par les crises des régions de l’Ouest et de l’Artibonite.
L’insécurité et la crise socioéconomique dans ces deux départements ont certes un impact négatif, mais elles ne doivent pas décourager les initiatives. Les défis peuvent être transformés en opportunités : Développement de l’écotourisme et du tourisme durable. Construction d’hôtels-boutiques et de petits hébergements. Promotion du tourisme culturel et patrimonial. Mise en œuvre de projets soutenus par des organisations internationale, incitations pour les investisseurs, création de circuits touristiques, rénovation ou construction de nouveaux aéroports, investissements dans l’infrastructure pour rendre les sites accessibles et attractifs. L’exemple de Punta Cana
La République Dominicaine offre un exemple inspirant avec Punta Cana. Dans les années 60 et 70, cette région était isolée et manquait d’infrastructures. Grâce à des investissements, notamment de l’entrepreneur américain Frank Rainieri, Punta Cana est devenue aujourd’hui la principale destination touristique de la Caraïbe, accueillant environ 5,4 millions de visiteurs, soit 61 % de tous les touristes entrant en République Dominicaine.
Haïti, un potentiel à valoriser
Malgré la crise, Haïti dispose de ressources touristiques considérables, qu’elles soient historiques, naturelles ou culturelles. Il est essentiel de les rendre utiles, accessibles et viables, grâce à une vision claire et ambitieuse. Des partenariats solides avec le secteur privé et les investisseurs internationaux permettraient de développer les infrastructures routières, maritimes et aéroportuaires nécessaires.
Diversifier l’offre touristique et stimuler une saine concurrence sur le marché sont également essentiels. Le soutien aux entreprises locales permettra de surmonter les pertes et de maintenir les investissements dans le secteur.
Au lieu de remettre en question l’existence du ministère du Tourisme, il est temps d’utiliser notre énergie collective pour élever Haïti à la hauteur de son potentiel. Soyons le changement que nous voulons voir : passons du rôle de spectateurs à celui d’acteurs engagés.
Si d’autres nations ont su transformer leur potentiel touristique en richesse, rien n’empêche Haïti de faire de même.
Arol St Felix
Professionnel en tourisme - PDG AyiTeam
